Qu’est-ce que l’Écologie intérieure ?

L’écologie intérieure ou la fin du combat contre soi

Qu’est – ce que l’ « écologie intérieure » ? Quel peut être le sens de cette expression ?
Chacun connaît aujourd’hui la signification du mot écologie. Ce terme qui désignait à l’origine la discipline scientifique qui a pour objet d’étudier les écosystèmes, décrit aujourd’hui davantage une attitude consistant à respecter et protéger la nature et l’environnement.
L’écologie intérieure est donc tout simplement le savoir et un ensemble de pratiques, permettant de connaître, respecter et explorer sa nature intérieure ou son monde intérieur. En d’autres termes, il s’agit de découvrir et approfondir le lien ou la connexion avec soi-même, de devenir un explorateur, un aventurier et au final un spécialiste de la vie psychique, affective, émotionnelle et spirituelle.
Or, ce savoir est précisément ce qui fait le plus défaut à l’homme ou la femme contemporain(e), ce qui lui manque cruellement et ce qu’il ou elle recherche à travers quantité de stages, lectures, expériences et traditions diverses.
L’écologie intérieure a donc vocation à devenir la grande affaire des temps futurs, la préoccupation fondamentale et essentielle de chacun, la nouvelle culture, le nouveau comportement humain permettant d’édifier une société harmonieuse et heureuse, un monde authentiquement souhaitable et désirable.

En quoi pourrait donc consister cette écologie intérieure, que l’on pourrait aussi appeler permaculture psychique, culture de l’être ou encore spiritualité naturelle ?
Si l’on revient à la logique de l’écologie, on observera qu’un écosystème harmonieux et équilibré avec une importante biodiversité implique qu’aucune espèce invasive prédatrice ne supplante toutes les autres (comme le fait aujourd’hui l’être humain sur terre, avec tous les déséquilibres que l’on connaît), empêchant par-là les autres formes biologiques de se développer et limitant la richesse du biotope.
De la même manière, une terre ou un sol riche et en bonne santé, permettant une production saine et abondante, suppose une activité biologique intense et diversifiée, tant minérale (sels minéraux variés) que végétale (couverture du sol, engrais verts, matières en décomposition…) et animale (déjections, vers de terre et nombreux insectes œuvrant à la décomposition de ces apports).
Si l’on considère l’être humain lui-même comme un écosystème, et si on lui applique la logique de l’écologie, cela signifie que toutes les fonctions qui le composent doivent être respectées, honorées et préservées, afin qu’elles puissent jouer leur rôle, construisant ainsi un être équilibré à même de manifester son potentiel optimal, qu’il s’agisse des aptitudes physiques, énergétiques, sexuelles, émotionnelles, artistiques, intellectuelles et spirituelles.
Ainsi, historiquement, on peut observer que c’est le même mouvement culturel d’émancipation et de respect de la vie apparu dans les années soixante et soixante-dix du siècle dernier, qui a donné naissance tant à la dynamique écologique qu’aux recherches dans les domaines de la vie saine, des médecines dites douces, des psychothérapies et de la spiritualité.
Il est donc parfaitement logique et légitime d’établir un parallèle entre respect de la nature et respect de soi, entre richesse biologique et vie intérieure riche, entre préservation des différentes espèces et essences naturelles et préservation de tout les aspects de soi.

L’objet et l’objectif de cette nouvelle culture que constitue l’écologie intérieure, est alors de permettre à l’être humain de développer et manifester la diversité de ses multiples talents, en autorisant et explorant la richesse souvent méconnue de ses inclinations, impulsions, intuitions, inspirations, idéaux et désirs.
Quels sont les principaux problèmes, écueils, obstacles, pièges sur la voie de l’écologie intérieure, les différents facteurs susceptibles d’entraver ou empêcher de libre déploiement des facultés humaines, l’épanouissement ou l’accomplissement de soi ?
De la même manière que le principal danger dans le domaine de l’écologie est, on l’a vu, l’invasion et la domination d’une espèce prédatrice, en particulier la guerre contre la nature perpétrée par l’être humain, le principal écueil contre l’écologie intérieure se nomme guerre contre soi.
Et si l’on remonte le fil de l’histoire, l’on se rendra vite compte que la liste est bien longue des multiples attaques, atteintes et agressions menées par l’être humain contre ses propres facultés, et ce hélas dans toute les sociétés.
Il n’est pas inutile de dresser cette liste, de répertorier ces différentes erreurs et errements afin, dans le futur, d’éviter de les réitérer :

– Atteintes envers le corps physique : excision, circoncision, mutilations variées, tortures initiatiques, déformations de différentes parties du corps (pieds, cou, tête, oreilles, nez, dents…), scarifications, tatouages etc.
Le corps s’est vu aussi dans les sociétés traditionnelles imposé toute sortes de postures et positions rigides, inconfortables et anti-naturelles (contraires à ses besoins), qu’il s’agissait de tenir pendant de longs moments, répondant à des injonctions arbitraires et inappropriées.
Cependant le corps n’est pas forcément mieux traité dans notre société moderne, lorsqu’on lui fait ingérer toutes sortes de substances toxiques et une alimentation dénaturée, ou lorsqu’il fait l’objet des expérimentations hasardeuses et dangereuses des  » transhumanistes « , qui rêvent d’un corps artificialisé empli d’implants et de divers dispositifs technologiques censés remplacer ou améliorer les organes et les fonctions naturels.

– Atteintes envers la sexualité : les religions patriarcales ont, comme chacun sait, diabolisé et culpabilisé tout à la fois le désir et la sexualité considérés comme impurs et sources de péché, et la femme présentée comme diabolique, séductrice et tentatrice.
Si des millions d’êtres ont longtemps souffert des interdits, tabous et restrictions qui en ont résulté, la société matérialiste moderne tombe dans un autre travers, faisant du corps un objet de performance et de la sexualité une recherche effrénée et avide du plaisir, obéissant à des codes et modèles restrictifs (souvent issus de la pornographie) et parfois oublieuse du cœur et du sentiment.

– Atteintes envers la vie psychique et émotionnelle : beaucoup parmi nous, et en particulier les hommes, ont reçu une éducation rigide et autoritaire, interdisant totalement l’expression des émotions, considérées comme une faiblesse, indigne des individus de sexe masculin. Il en résulte une foule d’« handicapés du sentiment », pour qui le retour à une vie affective et émotionnelle satisfaisante impliquera un long travail d’apprentissage du lâcher-prise, de redécouverte de la spontanéité et d’abandon de la dictature du contrôle et de la volonté.
Paradoxalement, l’injonction si courante aujourd’hui dans les milieux spirituels d’être constamment  » dans l’amour  » ou  » dans le cœur  » conduit également au refoulement émotionnel. Car en voulant à tout prix être positif, en se forçant à adopter en toutes circonstances un masque et un sourire forcés et artificiels, on ne fera que nier et refouler ses émotions douloureuses et perturbatrices, ne les rendant par-là que plus agissantes. La sagesse populaire ne dit-elle pas: « qui veut faire l’ange fait la bête »?
Beaucoup de chercheurs spirituels s’enferment ainsi, avec les meilleures intentions du monde, dans une prison ou une dictature de tous les instants, se contrôlant sans relâche afin d’être conformes à des images ou modèles de pureté et de perfection, sans réaliser qu’ils se coupent par-là de leurs véritables émotions et sentiments comme de leur être profond et essentiel.
L’autre écueil à l’égard des émotions consiste à en être le jouet et l’esclave, en s’y livrant sans conscience ni discernement et en accomplissant sous leur emprise toutes sortes d’actes destructeurs et anti-sociaux, faisant de celle-ci la source méconnue des principaux problèmes humains (conflits, guerres, délinquance, exploitation, domination…).
La solution consiste en une troisième voie ou attitude à l’égard des émotions que l’on pourrait qualifier d’« alchimie émotionnelle », consistant à accueillir, accepter et laisser être consciemment ses émotions douloureuses, qui se « transmutent » alors en leur opposé positif (sagesse, joie, force et sérénité), cette connaissance constituant un pilier essentiel et déterminant de l’écologie intérieure.

– Atteintes envers l’intellect: jusqu’à l’irruption de la « philosophie des Lumières », dans l’Europe du XVIII ème siècle, qui a diffusé les idées d’autonomie de pensée et de liberté de conscience, on ne peut pas dire que les sociétés anciennes aient été propices et favorables à l’épanouissement d’une pensée libre et originale.
Hors l’Église, point de salut ! », autrement-dit en-dehors des dogmes et des canons du culte dominant, il n’y avait nulle part place pour un esprit professant des idées nouvelles, taxé inexorablement d’hérésie et s’exposant aux pires châtiments.
L’esprit moderne, épris de liberté, a favorisé le développement de l’esprit et de la créativité ; mais il s’est bien souvent agi d’un intellect froid, technocratique, uniquement rationnel et coupé de l’affectivité, du cœur, de l’intuition comme du sentiment, donnant finalement lieu au monde technologique aliénant et mortifère que nous connaissons aujourd’hui.
D’où un besoin intense et insatiable de spiritualité et de transcendance chez l’être humain contemporain, qui s’est traduit par la vogue considérable du  » retour du religieux « . Par réaction envers l’intellect raisonneur et desséché, seulement capable de calculs et de déductions logiques, il s’en est ensuivi dans la plupart des milieux dits spirituels depuis une ou deux décennies, une véritable « chasse au mental », considéré comme la cause de tous nos maux.
On n’imagine pas le mal que s’infligent ainsi des foules entières de chercheurs spirituels adeptes de la « religion du non-mental », qui ont intégré la croyance étrange qu’il faudrait s’abstenir de penser, s’interdisant dès lors non seulement de penser librement, mais également d’écouter les messages de leur intuition, parce-que toute pensée qualifiée par eux de « mentale » se trouve systématiquement rejetée et écartée.
Cette doctrine et posture anti-intellectuelle, absurde et dangereuse (car spécifique des régimes totalitaires) que l’on pourrait qualifier d’auto-sabotage, trouve son origine dans une confusion entre mental et esprit et dans une ignorance du sens véritable des enseignements orientaux de méditation, dont est issue la diabolisation du mental. Car il existe traditionnellement deux formes de mental : le « mental inférieur », conditionné par les réflexes émotionnels et les conformismes idéologiques, et le « mental supérieur », de nature intuitive et spirituelle, source de génie et d’inspiration, qu’il convient d’honorer, exercer et développer.
Autrement dit, le problème posé par le supposé mental est en réalité de nature émotionnelle, et doit donc être solutionné par la transmutation de ces émotions. Libéré de l’emprise des émotions, !’esprit peut alors fonctionner avec clarté, lucidité et efficacité. Tandis que si l’on veut à tout prix « se couper du mental », l’on ne fera que refouler ses émotions, donc les renforcer et aggraver le problème du prétendu mental.
De la même manière que nous avons besoin de nos deux jambes pour marcher, de la même manière qu’il est nécessaire d’équilibrer nos deux pôles, féminin et masculin pour fonctionner harmonieusement, il nous faut développer concurremment notre intellect et notre intuition, la fonction pensée et la fonction sentiment, pour devenir un être humain accompli et évolué. Et ce rééquilibrage ou cette réharmonisation constitue évidemment un axe essentiel de l’écologie intérieure.

– Atteintes envers l’être essentiel, profond ou spirituel : les sociétés religieuses traditionnelles valorisaient et favorisaient la vie spirituelle ou mystique, mais à condition qu’elle s’exprime exclusivement dans les cadres, dogmes et rituels déterminés par l’idéologie religieuse dominante et qu’elle ne les remette aucunement en cause. Le mystique soufi ou chrétien déclarant il y a cinq ou six siècles « Je suis Dieu » (affirmation typique des expériences d’expansion de conscience) finissait inexorablement exécuté ou sur le bûcher. C’est pourquoi les sociétés religieuses ne sont qu’en apparence favorables à la vie spirituelle, car elles empêchent ou interdisent toute expérience d’éveil authentique, qui a justement pour caractéristique de faire voler en éclats les autorités, repères et systèmes fallacieux et aliénants, comme l’ont clairement illustré les remarquables éveillés que furent le Bouddha, le Christ, Socrate ou Krishnamurti.
Quant à l’idéologie matérialiste moderne, elle porte une lourde responsabilité dans le désastre notamment écologique et la crise généralisée qui affecte notre monde.
Alors que les penseurs originels des Lumières n’était nullement hostiles à l’idée de spiritualité (Voltaire était déiste et Rousseau panthéiste), leurs continuateurs, à partir notamment du positivisme d’Auguste Comte, ont, sous couvert de rationalité, enfermé l’humanité occidentale dans une vie purement matérielle, sans but, sens ou transcendance, sinistre et désespérante, où la seule valeur reconnue est l’argent et les moyens de l’acquérir et l’accumuler. L’être humain a ainsi appris progressivement à faire taire et oublier ses perceptions subtiles et sa vie intérieure, pour devenir une machine à produire et à consommer au service de la science suprême (l’économie) et de ses grands prêtres (les financiers).
Il y a donc urgence à inventer et élaborer une nouvelle spiritualité adaptée à l’être humain d’aujourd’hui, libérée de l’obscurantisme religieux comme des errements du matérialisme moderne, et qui prenne acte des aspects positifs de la culture occidentale (autonomie de pensée, créativité et ingéniosité techniques par exemple dans le domaine de la psychologie, aspiration à l’universalisme et à l’émancipation culturelle et sociale…) comme de l’héritage des traditions initiatiques et ésotériques des cinq continents. Tel est précisément l’objet de l’écologie intérieure.

Cette nouvelle culture mettra définitivement fin à la guerre contre soi, cette attitude masochiste issue des religions patriarcales désormais obsolètes, consistant à torturer son corps, à nier ses désirs et sa sexualité, à faire taire ses émotions, à s’interdire de penser librement et à singer niaisement des modèles stéréotypés de piété et de vertu.
La racine de l’idéologie de la guerre contre soi tient en effet dans l’idée que l’on ne peut pas faire confiance en sa propre nature, et qu’il faut donc la combattre, la contrôler, la maîtriser et la discipliner selon des normes et des schémas préétablis.
Tout à l’inverse, il s’agit d’honorer son corps, ce magnifique réceptacle et prodigieux véhicule de l’esprit, de découvrir et expérimenter les merveilles de la sexualité sacrée, de vivre l’art sublime de l’alchimie intérieure, métamorphosant les blessures affectives en conscience, puissance, jouissance et bonté, de tutoyer les cimes du génie par l’exercice d’un intellect précis et acéré, d’incarner enfin le mystère et de manifester notre statut divin d’êtres humains éclairés.
C’est pourquoi la méditation véritable ne consiste pas à s’imposer une posture rigide et figée, ni à chasser ses pensées et émotions pour  » faire le vide  » de manière artificielle et autoritaire, mais à s’installer dans la position que le corps désire et qui lui permette de se détendre(par exemple dans son fauteuil préféré, allongé dans son lit douillet, dans l’herbe ou dans son bain, ou encore en se promenant dans un site que l’on affectionne) et à accueillir, honorer et laisser être tout ce qui survient en soi, sans rien rejeter ni interdire. La méditation n’est donc rien d’autre que la vie même, consciemment vécue ; et c’est cette qualité d’attention envers soi et le monde, qui rendra possible la venue spontanée d’épisodes d’expansion de conscience, qui constituent l’objet et la raison d’être de toute spiritualité authentique.
Un autre exemple de cette mentalité guerrière est la lutte contre l’ego, que l’on veut (tout comme le mental) tuer, dominer ou anéantir.
Or, qui combat l’ego sinon l’ego lui-même ? C’est pourquoi cette guerre intérieure ne peut être que sans fin, inutile, destructrice et désespérante, de surcroît contre-productrice, puisqu’elle renforcera au final l’ego combattant.
Si en revanche l’on suit et applique la logique de l’écologie intérieure, l’on fera confiance en sa propre nature et l’on accueillera, acceptera, honorera et aimera son propre ego, qui pourra alors (tel un enfant intérieur blessé) guérir, mûrir, grandir et finalement se fondre dans le grand Soi, comme une fleur qui s’offre, s’ouvre et s’abandonne pour donner naissance au fruit, ou la chenille qui se transformera naturellement en libre et somptueux papillon.

C’est donc un changement complet de paradigme qui se présente ainsi à nous, un changement d’attitude révolutionnaire, consistant à abandonner le combat, la violence et la brutalité tant envers soi qu’envers autrui et la nature, et à découvrir et employer les joyaux insoupçonnés que celle-ci recèle et que nous ignorions.
Le grand intérêt du concept d’écologie intérieure est qu’il s’agit d’une expression nouvelle et que, donc, nous ne savons pas ce que c’est. Il nous est donc loisible d’inventer par-là une discipline nouvelle, sans être dépendant d’un courant de pensée déjà existant, ni retomber dans les pièges des idéologies religieuses.
Osons donc faire montre de courage, d’audace, de talent, de créativité et d’inventivité, pour dessiner les contours d’une nouvelle culture, glorieuse et gratifiante et d’un nouveau monde, qui en sera le résultat et le champ d’application, répondant aux attentes de nos rêves et désirs profonds et authentiques, somptueux, paradisiaque, grandiose et … réalisable !

ÉI3 : le savoir-être

21 –    le savoir-être

Avant de penser, de parler ou de faire, nous sommes, inlassablement, inexorablement, éternellement.
Avant d ‘être jeune, vieux, riche, pauvre, homme, femme, blanc, noir, nous sommes, magnifiquement, merveilleusement, miraculeusement.
De toute éternité et quoique nous fassions, nous sommes. Il s’agit juste d’en prendre conscience.

Être ou paraître, prétendre, pérorer, frimer, jouer un rôle ou un personnage, faire le beau, le malin, l’important ou l’intéressant, être ou avoir, accumuler, amasser, thésauriser, collectionner, avaler, consommer, se gaver, gaspiller, dilapider, exploiter, exterminer, détruire, être ou s’agiter, se stresser, s’angoisser, se culpabiliser, se mettre la pression, se fuir, se nier, se disperser, se déprécier, se haïr, se détruire, là est effectivement toute la question.
Nous avons le choix, à tout instant, de nous livrer à des comportements superficiels, artificiels et vains, ou de nous tourner vers l’intérieur, d’explorer les territoires de l’Éveil et d’apprendre enfin à être.

Être, c’est vivre, vibrer, ressentir, aimer, donner, partager, s’ouvrir, communiquer, se lâcher, s’abandonner, se trouver, connaître, comprendre, rayonner, enseigner, créer…
Être, c’est prendre le chemin de la liberté.
Être ne sert à rien, mais conduit à tout.
Être est le plaisir source de tous les plaisirs.
Être, c’est appréhender le mystère.
Être, c’est abandonner les masques, déguisements, mensonges, rôles et rituels.
Être, c’est quitter le connu, le prévu, le certain.
Être, c’est renoncer à prétendre, prouver, paraître.
Être, c’est cesser de croire et commencer à croître.
Être, c’est reconnaître que l’on est.
Être, c’est fusionner avec l’onde de vie.
Être, c’est savoir sans avoir appris.
Être, c’est apprendre sans chercher à savoir.

Être implique de se donner du temps pour cela, de décélérer, de ralentir le rythme, comme le préconisent avec raison les objecteurs de croissance, de se simplifier la vie et de se libérer de tous les faux devoirs ou impératifs, qui ne font qu’encombrer inutilement notre existence et notre esprit.
Être amène également un autre rapport à l’espace, et conduit à se poser et se recentrer sur l’essentiel, l’important, le vrai, le réel et l’utile.
Pourquoi posséder une cinquantaine de vestes, de robes ou de paires de chaussures, lorsqu’une dizaine suffirait ?
Pourquoi construire une maison immense et démesurée, lorsque l’on n’en utilisera effectivement qu’une petite partie ?
Pourquoi parcourir des millions de kilomètres, si ce n’est pour fuir la vacuité de sa vie ?

Être produit ainsi une révolution comportementale : dès lors que l’on prend le temps de réfléchir avant d’agir, on cesse de faire n’importe quoi ; à partir du moment où l’on s’ouvre à son cœur et à ses sentiments, on traitera autrui avec respect, écoute, bonté et bienveillance ; et si l’on prend plaisir à être avec soi, alors on amènera partout où l’on ira, la même qualité d’être, de présence et de joie.
Être, exister, émaner, c’est acquérir de l’épaisseur, de l’ampleur de vue et de la profondeur.
C’est là un processus qui se produit naturellement avec la temps, l’expérience et la sagesse qui en découle… dans le meilleur des cas ; car tout dépend de l’orientation que l’on aura donné à sa vie, de l’emploi que l’on aura fait de son temps.
Aussi est-il possible de favoriser et accélérer cette mutation ou maturation intérieure, d’acquérir, jeune encore, l’expérience des sages, et de s’éveiller à cette conscience pérenne qui transcende le temps.

Être, c’est ainsi élargir sa conscience, ouvrir son esprit, développer l’intériorité et apprécier ce qui advient, c’est-à-dire les qualités et aptitudes mêmes, qui rendent la vie belle, riche, fascinante et heureuse.
Dans notre monde matérialiste, nous avons appris à nous focaliser uniquement sur l’extérieur, à être actifs du matin au soir, à n’avoir aucune seconde de répit et à passer notre vie entière, sans jamais nous interroger sur son sens ou sa valeur.
Parallèlement, les facultés liées à l’intériorité, l’imaginaire, la contemplation, l’intuition, l’inspiration et la connaissance mystique, ont été systématiquement dévalorisées, ridiculisées et considérées comme de vieux vestiges inutiles et sans valeur.
Il nous faut donc reconquérir l’espace intérieur, mettre autant d’application à le parcourir que nous en avons d’abord mis à le déserter, devenir des acrobates, jongleurs,  danseurs, poètes et virtuoses de l’être, de l’Éveil, du bonheur et de la conscience.

Voici quelques suggestions, en vue d’élaborer et pratiquer l’art ou la science de l’être, fondement ou origine d’une culture de l’Éveil :

  • tout d’abord, se simplifier la vie, dégager du temps libre, cesser d’accumuler les objets, les activités, les responsabilités, les obligations et les occupations ; faire moins mais mieux ; ne plus se stresser, se dépêcher ou se forcer.
  • s’organiser pour une vie plus lente, plus tranquille, plus paresseuse et plus sensuelle ; diminuer le travail, les soucis, les dépenses et les transports (par exemple travailler près de chez soi ou habiter là où l’on travaille). Se consacrer à ce qui est important.
  • suivre son inspiration ; vivre sans règle, sans discipline et sans tabou ; réfléchir, ressentir, s’adapter et improviser.
  • devenir un jouisseur ou un artiste du présent ; aimer ce que l’on fait et faire ce que l’on aime ; oser s’arrêter, réfléchir, écouter, regarder, ressentir ; et surtout ne rien faire, prêter attention au spectacle du monde et de soi.
  • profiter de toutes les occasions pour se détendre ; laisser le corps se déployer à sa convenance ; oser l’aventure de la spontanéité ; prendre plaisir à se reposer ; se réjouir du prodigieux miracle d’exister.
  • appliquer la science de l’être aux relations : pour cela, prendre le temps de ressentir ce que l’on éprouve en compagnie d’autrui ; laisser l’autre parler ; savourer sa présence et les sentiments qu’elle suscite ; dire ce qui est utile et sera bénéfique.
  • accepter tout ce que l’on découvre en soi ; cesser de distinguer ce que l’on aime et ce que l’on n’aime pas. Notre ombre est notre trésor, pour autant qu’on la laisse se libérer, se guérir et se transformer.
  • ne plus avoir peur de sa lumière ; faire l’expérience de sa beauté et de sa puissance; oser incarner et exprimer l’absolu, l’infini, la divinité, l’inexprimable.

Manifeste pour une nouvelle spiritualité

Extraits de La spiritualité naturelle ou la danse de l’Eveil (L’Écologie Intérieure 3) par Yann Thibaud.

Voilà presque deux siècles qu’au nom de l’idéologie du progrès, la société occidentale (aujourd’hui étendue à la planète entière) a cru trouver le bonheur et le sens de l’existence, dans une production et une consommation sans limite de biens et de produits, jusqu’à l’épuisement programmé des ressources de la Terre qui accueille l’humanité. Sortir de cette impasse suicidaire implique de transformer radicalement nos modes de vie et de pensée.
C’est pourquoi la crise généralisée que nous traversons n’est pas seulement économique, financière, énergétique ou politique : elle est d’abord structurelle, culturelle, civilisationnelle et (osons le mot) spirituelle ; elle est la conséquence d’une idéologie absurde, réduisant l’être humain à un agent économique, sorte de créature robotique ayant pour seule finalité de produire et consommer, niant par là sa dimension affective, sensible, intuitive et idéaliste ; elle signe le désastre du matérialisme, l’échec d’un monde dédié au culte du profit, la fin d’une illusion, mais aussi peut-être la naissance d’un monde différent, plus sage, plus heureux et plus libre, comme la métamorphose de la triste chenille en somptueux papillon.

Notre potentiel oublié

Les peuples qui nous ont précédés et qui eurent au moins le grand mérite de nous léguer une planète habitable, n’étaient pas, quant à eux, des obsédés de la croissance et du pouvoir d’achat. Leurs centres d’intérêts étaient d’une toute autre nature : ils se passionnaient pour des questions mystiques et métaphysiques et entreprirent, par de multiples voies, de connaître et développer les aptitudes et potentiels de la conscience et de l’esprit.
Aussi, sur tous les continents et dans toutes les cultures, peut-on trouver le récit ou le témoignage d’êtres s’étant affranchis des limitations de la conscience ordinaire et faisant montre de qualités et capacités exceptionnelles : une joie et un amour constants et sans limite, une totale sérénité et un niveau élevé de discernement et de sagesse.

Cet état résultant d’un changement intérieur radical, se trouve qualifié par des mots très variés : ainsi en Orient, on parle dans le bouddhisme d’éveil ou d’illumination, dans l’hindouisme de libération ou de réalisation, et dans d’autres traditions (soufisme, taoïsme et même chamanisme) on trouvera des termes équivalents ; en Occident, on recourt aux concepts quelque peu différents de sagesse ou de sainteté, mais les états que ces divers mots tentent de traduire, s’avèrent proches ou similaires, car ils constituent une réalité universelle, un potentiel offert à tout être humain, quels que soient sa culture, son origine ou son parcours.
Le véritable bonheur serait-il donc l’Éveil ?
En quoi consiste-t-il exactement et comment en faire l’expérience ?
Comment reconnaître les « éveillés » ?
Passent-ils devant une commission chargée de les évaluer, les authentifier et leur délivrer une certification ou une autorisation d’exercer ?

Il n’existe heureusement pas de bureaucratie de l’Éveil. Le rayonnement, la bonté et l’amour qui émanent des éveillés sont les seules sources de la fascination qu’il suscitent. Pour qui a eu la chance de les rencontrer ou même de les voir en photo ou en vidéo (notamment par les livres et films d’Arnaud Desjardins), ce qui frappe est d’abord la profondeur et l’intensité de leur regard, à la fois doux et puissant, aimant et conscient.
L’amour que manifestent les éveillés a ceci de remarquable et d’inhabituel, qu’il touche chacun intimement et parfois de façon bouleversante, tout en étant parfaitement impersonnel, offert également à tous les êtres qu’ils rencontrent.
Cette manière d’aimer nous est la plupart du temps inconnue, tant elle diffère de ce que nous nommons généralement « amour », sentiment possessif, exclusif et jaloux, accordé à certains et pas à d’autres, susceptible de se muer, s’il est contrarié, en haine, mépris ou même indifférence.
L’amour ressenti par un être éveillé est au contraire patient, immuable, paisible et inconditionnel (accordé sans condition), parce qu’il ne dépend pas de l’autre mais de soi et résulte simplement de la joie d’être, de la reconnexion à la source intérieure et éternelle de sagesse et de bonté.

N’étant plus sujets aux projections, illusions et fantasmes qui altèrent généralement le mental humain, ayant atteint un plan de conscience situé au-delà des émotions aliénantes, ils perçoivent le réel avec clarté et précision, et s’y adaptent d’instant en instant, avec aisance, naturel, grâce et fluidité.
Autrement dit, ils improvisent constamment, ce qui ne manque pas de décontenancer ceux qui ne s’autorisent pas pareille liberté. Leurs paroles, actes et décisions ne se fondent pas sur l’application de principes, règles ou commandements, mais sur la perception directe et immédiate de chaque situation et sur l’appréciation intuitive de la meilleure conduite à tenir, pour le plus grand bénéfice de chacun.
En raison de la joie, l’énergie et la sérénité qu’ils émanent, les éveillés sont souvent l’objet d’un immense respect, voire même d’une intense vénération, pouvant aller jusqu’au culte de la personnalité.
Or l’adulation ou l’idolâtrie n’aide en rien à progresser sur la voie de l’Éveil. C’est même le contraire car, aussi longtemps que l’on mettra un autre être sur un piédestal en chantant ses louanges, on niera sa propre beauté et sa propre lumière, en les projetant sur son gourou de prédilection.

Pourtant, l’Éveil ne nous est pas inconnu : nous en avons tous eu des aperçus, ne serait-ce que fugitivement, durant quelques minutes, heures ou semaines dans des circonstances particulières, au cours d’un voyage, au plus fort d’une relation amoureuse, pendant un intense épisode de création artistique ou durant un séjour au cœur de la nature…
Il nous est ainsi certainement arrivé de ressentir soudain et sans savoir pourquoi, une immense joie et une profonde paix, éprouvant le sentiment de la perfection de l’instant présent et d’être un avec le monde, l’univers et la vie, puis de perdre cette connexion, de refermer les portes du sublime et de retomber dans les illusions et limitations de la conscience ordinaire.
C’est pourquoi l’Éveil nous appartient et nous concerne tous : il existe en chacun à l’état latent ; il est notre nature véritable, notre identité ultime, essentielle et ineffaçable, qui ne peut nous être retirée, quels que soient nos torts, erreurs, défauts ou insuffisances.
L’Éveil n’est donc pas l’apanage, ni la propriété exclusive de quelques ermites en lévitation dans une grotte de l’Himalaya ou de gourous fameux, entourés de leurs nombreux disciples dans de vastes ashrams.
L’Éveil est le devenir et la vocation de l’humanité toute entière, notre rêve perdu, notre mission oubliée et la raison d’être de notre présence sur Terre.

Dans les milieux dits spirituels, l’Éveil est généralement conçu comme un évènement grandiose, impressionnant, spectaculaire, réservé à quelques êtres prédestinés et quasiment inaccessible au commun des mortels.
Cette conception élitiste et hiérarchique de l’Éveil, qui conduit à le placer en-dehors de l’existence quotidienne de chacun, hors de portée de la majorité des humains, ne correspond pourtant pas à la réalité : pour qui en a fait l’expérience concrète et effective, le processus d’Éveil revêt de multiples formes, différentes pour chacun: il peut être immédiat ou graduel, comporter des avancées et des reculs, des ombres et des lumières ; il est mystérieux, progressif, incontrôlable et imprévisible.
Le temps est venu, sans doute, de démythifier, désacraliser et démocratiser l’Éveil et de comprendre qu’il s’agit d’une possibilité universelle, chacun d’entre nous pouvant dès lors être légitimement qualifié d’éveillé en puissance ou en devenir, d’intermittent de l’Éveil comme il est des intermittents du spectacle.

La méditation naturelle

Si, comme l’affirment les éveillés eux-mêmes, l’Éveil est ce que nous sommes, notre nature intime et notre réalité ultime, alors il n’est nul besoin de recourir à des techniques complexes ou des initiations exotiques ou ésotériques, pour retrouver la mémoire de notre identité véritable.
Nul besoin en effet de discipline sévère, de pratiques rigoureuses ou de connaissances secrètes pour être soi-même, mais simplement le désir sincère de connaître et comprendre ce qui se passe en soi.

Or, dans notre monde, tout semble fait pour qu’à aucun moment, il ne soit possible de se livrer à cette exploration intérieure, l’esprit étant constamment occupé par de multiples activités et les rares moments de repos, meublés par le son de la radio, de la télévision ou de l’ordinateur.
Même les instants consacrés à la méditation sont le plus souvent employés à se conformer à des techniques, protocoles ou systèmes, consistant à se focaliser sur un son, un objet , un symbole, une idée, un endroit du corps, etc.
Or, pour que l’être intérieur ou le moi profond puisse se manifester, encore faut-il lui en laisser la possibilité et, pour cela, se tourner vers l’intérieur et s’ouvrir à ce qui survient spontanément en soi.

Lorsque l’on entreprend de se connaître et que l’on porte son attention sur son monde intérieur, on est d’abord frappé par sa richesse et son foisonnement : sensations, pulsions, émotions, pensées, désirs, sentiments se succèdent continuellement et (apparemment) sans ordre, ni logique, faisant penser à une jungle grouillante de vie.
Si l’on est adepte de la guerre contre soi, on s’efforcera alors de mettre au pas et faire défiler en rangs bien ordonnés, ce peuple intérieur décidément trop indiscipliné et exubérant ; autrement dit, on tentera, en vue de méditer, de chasser ses pensées (parce qu’elles émanent du « mental », cette sorte d’entité dégoûtante et monstrueuse, censée être la cause de tous nos maux !), de nier ses pulsions et de masquer ses émotions ; et l’on n’aboutira qu’à brider, brimer et briser sa nature intérieure, ses envies, ses instincts, son besoin de bonheur, de joie, de liberté, sa créativité, sa sagesse et son esprit.

Mais si l’on accepte son monde intérieur tel qu’il est, en se contentant de le percevoir avec intérêt, bienveillance et neutralité, alors il reprendra forme et sens : les pensées, dès lors qu’elles sont écoutées, honorées et prises en compte, peuvent s’approfondir, quitter le plan superficiel des réactions émotionnelles et réflexes conformistes, pour donner lieu à des prises de conscience émanant de la sagesse intérieure, s’avérant être source de compréhensions, révélations et inspirations appropriées ; les émotions perçues, acceptées et libérées, se transmutent alors en paix, joie et plénitude ; quant aux désirs, si leur substrat émotionnel se transmute, ils s’approfondissent également et deviennent des intuitions justes et pertinentes, provenant des couches profondes de la conscience.

Ainsi ce que l’on pourrait appeler la méditation libre, naturelle ou spontanée, au lieu d’imposer un ordre arbitraire et artificiel à ses pensées, désirs et sentiments, consiste simplement à les accepter, les laisser être et suivre leur cours naturel, que l’on ne peut déterminer par avance, mais qui aboutit toujours à une réorganisation, réharmonisation et clarification de l’esprit.
Méditer ne consiste donc pas à adopter le look, la posture et les manières du méditant, à singer un modèle ou à devenir une statue vivante, mais au contraire à perdre ou déconstruire les déguisements sociaux, repères et croyances obsolètes, pour laisser resplendir la magnificence du moi véritable.
C’est ainsi que, couche après couche, strate après strate, la méditation authentique permet de se libérer de ces vieux vêtements usés et inutiles, qui recouvrent et masquent le soleil intérieur.

Voilà maintenant quelques décennies que la méditation est devenue à la mode ; et s’est peu à peu diffusée, dans les médias notamment, l’image stéréotypée du méditant installé dans une posture impeccable, accompagnée de l’idée naïve et simpliste que cette seule position immobile allait amener magiquement et automatiquement le bien-être et la sérénité.
En réalité, la méditation est une attitude intérieure, consistant à être constamment conscient de ce qui se produit en soi et autour de soi ; et c’est le développement de cette « conscience-témoin », qui va préparer le terrain et rendre possible l’émergence progressive de l’être intérieur et la venue d’états d’Éveil et d’expansion de conscience.
C’est pourquoi la méditation se pratique tout le temps ou jamais : elle ne consiste pas à s’asseoir en tailleur à horaires déterminés en suivant un protocole précis, mais à être à chaque instant attentif à ce qui advient ; elle est une dynamique intérieure qui se met en place, lorsque l’on commence à percevoir sereinement ses propres fonctionnements, comme le spectacle du monde.

La meilleure position de méditation est simplement celle qui permet le mieux de se détendre, se relâcher, s’ouvrir et lâcher prise, ce qui implique qu’elle sera différente pour chacun et selon le moment de la journée.
Ce qui montre bien que la posture de méditation n’a pas l’importance quelque peu fétichiste qu’on lui accorde, c’est que les états d’expansion de conscience, en pratique, surviennent n’importe quand et n’importe où, dans le courant de la vie, au moment même où l’on se détend et où l’on lâche prise, au restaurant, dans un ascenseur, sur le périphérique, en faisant du ski, en se promenant dans la rue…
L’Éveil comme l’amour ne connaît pas de loi ; il ne dépend pas d’une technique ou d’un enseignement, mais au contraire de l’oubli ou du renoncement à toute croyance, certitude ou idée préétablie.

La méditation, au final, n’est autre que la manière normale et naturelle de vivre, connecté à soi, conscient, centré et attentif à toutes choses, adoptant dès lors naturellement un comportement juste, moral, adapté et efficace.
Et c’est faute de cette vision juste, faute d’être reliés à leur sagesse intuitive, que les êtres humains adhèrent à des idéologies guerrières, obéissent à des traditions cruelles et irrationnelles ou se livrent à des activités malsaines, iniques ou prédatrices.
Aussi, la science de la conscience ou l’art de l’esprit que constitue la méditation, est-elle la clé méconnue qui changera le monde, pour peu que l’on s’affranchisse d’une conception archaïque et figée de la pratique méditative, qui l’identifie à cette étrange manie de rester le plus longtemps possible dans une position rigide, statique et hiératique, sorte d’exploit masochiste, absurde et inutile.

C’est par l’expansion de la conscience et la connaissance de soi, que l’être humain pourra changer profondément et durablement, et sortir alors des multiples impasses actuelles.
Chacun, tôt ou tard, sera amené à se tourner vers son propre esprit et à percevoir son propre fonctionnement ; et ce d’autant plus que se diffusera une nouvelle conception de la méditation, plus simple, plus aisée et accessible à tous, perçue non plus comme un cérémonial contraignant et fastidieux, mais comme un changement de regard sur soi et sur le monde, une découverte du bonheur d’être, de sentir et de vivre.
Car la vie est l’essence même de la méditation ; et la méditation n’est rien d’autre que l’expérience consciente de la vie.

La sagesse du désir

Comment l’être éveillé, éclairé et évolué en nous-même pourrait-il en se faire entendre, si ce n’est par des intuitions soudaines, des impulsions, des idées, des envies, des aspirations, autrement dit des désirs ?
Ainsi le désir n’est ni diabolique, ni source de toute souffrance, comme nous le serinent les religions depuis quelques millénaires, mais tout au contraire l’expression de l’être essentiel, le message de la sagesse intérieure et l’impulsion primordiale de vie, sans laquelle nous ne serions que des cadavres ou des robots.

Ne confondons pas les désirs véritables, qui viennent de nous-même et qui nous sont profitables, avec des attitudes-réflexes qui nous sont dictées par le milieu social et l’idéologie de la consommation permanente : s’abrutir tous les soirs devant la télévision pour ne plus penser, ou vider la moitié du frigo pour ne plus ressentir le vide de sa vie, ne sont pas les vrais désirs du cœur ou de l’être intérieur, mais bien une fuite, un évitement ou un déni de ceux-ci.
Le désir est donc à écouter, ressentir, découvrir et honorer ; il est le signal intérieur précieux et puissant, par lequel notre intuition nous fait savoir quelle est la meilleure voie à suivre, le chemin qui nous mènera à l’accomplissement et au succès.
Le désir est illuminateur : il est la voix de l’aspect de nous-même qui aspire à la beauté, au plaisir, à la joie, à l’amour et à une vie enchanteresse.

Dans les années soixante, les enfants du « baby-boom » ont, une fois devenus adultes, vécu, pour une large partie d’entre eux, une véritable révolution du désir, un prodigieux et mystérieux éveil collectif de conscience .
Ils ont su se libérer de leurs peurs ainsi que des tabous, interdits et préjugés de leur classe, leur milieu d’origine ou leur éducation, pour suivre leurs désirs, leurs sentiments, leurs intuitions et leurs idéaux : en très peu d’années, ils inventèrent, découvrirent ou réactualisèrent tout ce qui, aujourd’hui encore, apparaît comme la base d’une société désirable, harmonieuse et alternative : l’écologie, la libération sexuelle, le féminisme, la remise en cause de la société de consommation, du culte du travail et de l’argent-roi, le retour à la terre, la création de communautés, le partage et la gratuité, l’objection de conscience et de croissance, la prise de décision par consensus, la culture par et pour tous, la liberté vestimentaire, les thérapies psycho-corporelles, les écoles différentes, la naissance sans violence, les architectures innovantes (dômes, zomes), etc.
Peace and love, paix et amour, disaient les « enfants-fleurs » à San Francisco : comment pourrait-on mieux résumer l’enseignement du Christ ?
Peut-être furent-ils les premiers à véritablement comprendre son message, lui qui n’a jamais prôné le sacrifice, le renoncement, la culpabilité et l’obéissance, mais qui, par son exemple, invitait au contraire à vivre selon la liberté, l’audace et la vérité de son cœur !

Le lien inhabituel entre désir et spiritualité, entre bonheur de vivre et éveil de l’esprit, se lit pourtant clairement à travers l’histoire des cultures et des sociétés.
Est-ce un hasard si les souverains éclairés, tels par exemple François 1er ou Laurent de Médicis à la Renaissance, adeptes de l’art de vivre et des plaisirs des sens, furent également les protecteurs des lettrés et des artistes, et s’entourèrent des esprits les plus avancés de leur temps, inventeurs, visionnaires, sages et penseurs ?
Et à l’inverse, les régimes intolérants et autoritaires, obsédés par la vertu, la pureté et le puritanisme, sont justement ceux qui brûlent les livres et emprisonnent les dissidents, car ils ne supportent pas les esprits libres et éveillés.
Ainsi, c’est pendant les périodes d’intense effervescence des désirs et des idées, que les peuples connurent un développement considérable des arts et des sciences, ainsi qu’un renouveau philosophique, moral et spirituel, les deux allant de pair.

Ce n’est donc pas le désir qui crée la souffrance et l’obscurantisme, mais bien sa négation, son interdiction ou son refoulement, le refus de le reconnaître, de l’écouter et de le prendre en compte, au nom d’idéologies punitives et castratrices, qui ne conduisent finalement qu’à la frustration, l’amertume, la résignation et la désespérance.
C’est lorsque l’être humain honore et accomplit son rêve, qu’il trouve la joie de vivre, l’apaisement et la plénitude, et non lorsqu’il le fuit, l’ignore et l’enterre, pour faire ce qu’on lui dit ou ce qu’il croit devoir.
Le désir est ainsi la pulsation de vie, le langage du cœur, le souffle de l’esprit ; il conduit aux plus belles destinées, si l’on sait l’écouter, le pister, le trouver.
Car le vrai désir n’est pas acquis d’emblée : c’est un itinéraire, une quête, une alchimie ; il se mérite et demande sincérité et courage.

Voici quelques exemples de cette quête du véritable désir :
Le toxicomane, le pervers ou l’assassin souffre de sa situation ; et s’il est honnête avec lui-même, il reconnaît que son vrai désir et besoin n’est pas de continuer de se livrer à l’auto-destruction, à la dépravation ou à la violence, mais bien d’en guérir et de mener enfin une vie saine, digne et honorable.
Le véritable désir d’un suicidaire n’est pas véritablement de mettre fin à ses jours, mais plutôt de trouver le moyen de transformer sa vie, pour la rendre acceptable, voire même prometteuse.
Lorsque l’on se fâche pour une broutille avec son meilleur ami ou avec la personne aimée, quel est le vrai désir, demeurer dans cette situation douloureuse ou rétablir le contact ?
Et c’est aussi le désir du cœur qui conduit à mettre fin à des relations insatisfaisantes, des emplois inadéquats ou des appartenances désuètes.
Enfin, quel est le vrai désir d’une personne qui se ruine en vêtements de marque ou en voitures de sport, si ce n’est de retrouver l’estime d’elle-même et de réaliser qui elle est vraiment ?

Retrouver et ressentir son véritable désir implique donc de dépasser le stade des réactions premières, émotionnelles, superficielles et conventionnelles, pour entrer en contact avec la profondeur et la vérité de son être.
Le désir authentique n’est ni égoïste, ni vain, ni futile ; émanant du meilleur de soi, il s’avère au contraire noble, juste et idéaliste ; de nature intuitive, il prend en compte l’ensemble des paramètres d’une situation et indique la meilleure conduite à tenir, pour des raisons que l’on découvrira souvent par la suite.
Autrement dit, le cœur est intelligent ; et c’est pourquoi le chemin du désir ou de l’écoute de soi n’est autre que l’appel de l’Éveil et la manifestation de l’être intérieur.

L’imposture religieuse

Qui veut connaître l’Éveil ou souhaite entamer une « démarche spirituelle », sera généralement amené à s’adresser aux professionnels de la profession, c’est-à-dire aux autorités connues et reconnues en la matière, revêtues, selon le cas, de robes blanches, jaunes, rouges, brunes, noires ou même violettes.
L’enseignement prodigué consistera alors invariablement en une impressionnante accumulation de dogmes, doctrines, préceptes, rituels, interdits, observances et commandements, qu’il s’agira d’intégrer, réciter et appliquer, sans qu’à aucun moment, il ne soit question de s’interroger sur leur validité et leur bien-fondé.
Aussi, loin de se libérer du fardeau des réflexes émotionnels et idées préconçues (qui constituent le principal obstacle sur la voie de l’Éveil), on en adoptera de nouveaux et l’on ajoutera ainsi un manteau d’aliénation de plus, sur ceux si nombreux déjà existants.
Et en s’efforçant d’adopter le comportement souhaité, pour être conforme aux exigences de la nouvelle idéologie que l’on aura adoptée, on ne fera que s’éloigner encore davantage de son inspiration personnelle, de sa sagesse spontanée et de sa liberté d’esprit, de parole et d’action.

Car la logique suivie par les traditions religieuses et spirituelles, s’avère toujours la même, fondée sur l’idée que l’être humain est inapte à déterminer par lui-même la bonne manière de vivre, et qu’il doit par conséquent appliquer les idées et pratiques, que des autorités supérieures, supposées plus sages et éclairées que lui, auront établies et élaborées à sa place et pour son bien : aussi les dogmes et doctrines lui prescrivent-ils quoi penser, les prières et livres saints quoi dire et les rituels et commandements quoi faire.
Comment pourrait-on devenir libre, en renonçant à sa souveraineté et en abdiquant systématiquement de son aptitude à exercer cette même liberté ?
Ne pourrait-on imaginer une autre forme de spiritualité, non-religieuse, non-superstitieuse et non-dogmatique, fondée non plus sur le sacrifice, l’obéissance et la répétition de formules toutes-faites, mais sur le plaisir, l’expérience personnelle et l’autonomie de pensée ?

La religion n’a certainement pas pour objet l’Éveil et l’accomplissement de l’être humain, mais tout au contraire son asservissement et son enfermement dans la prison des croyances imposées et des rituels répétitifs.
Au lieu de le libérer de ses chaînes, elle en forge de plus grosses encore. Elle l’abaisse quand elle devrait l’élever. Elle lui fait croire en sa faiblesse, sa petitesse et son indignité, au lieu de lui montre sa puissance, sa grandeur et sa beauté.
La religion est par essence totalitaire, puisqu’elle décrète des dogmes arbitraires et des croyances déraisonnables, obligeant par-là celles et ceux qui y adhèrent, à se couper de leur ressenti intérieur et à renoncer à une pensée libre et souveraine,
Historiquement, elle s’est le plus souvent avérée un outil de domination, de conditionnement et d’infantilisation des masses, au service des intérêts des possédants et des puissants.
L’imposture de la religion consiste à se présenter comme la continuatrice, la dépositaire et la représentante officielle du message des éveillés, alors qu’elle n’en fournit qu’une version tronquée, falsifiée et corrompue, trahissant et dénaturant leurs véritables enseignements.

Prenons l’exemple du christianisme, la religion majoritaire et dominante en Occident : le message du Christ, tel qu’il apparaît dans les Évangiles, est un message révolutionnaire d’amour inconditionnel et d’émancipation de toutes les barrières et frontières mentales et institutionnelles.
Or, en son nom et après sa mort, fut créée par les prêtres et les « pères de l’église », une religion incroyablement oppressive et violente, prêchant exactement le contraire de sa pensée, c’est-à-dire à la fois l’intolérance (persécution des païens, des hérétiques, des prétendues « sorcières », des cathares, inquisition, croisades, guerres de religion…) et le mépris de soi (culpabilisation du corps, du désir et de la sexualité, dépréciation de la femme, apologie du sacrifice, de l’obéissance, de la souffrance, des privations, etc.).
Les véritables héritiers du message christique sont-ils donc les pontifes, prélats et cléricaux, ou ne seraient-ils pas plutôt les mouvements de libération et d’émancipation des jougs, des tutelles et des oppressions, même si ceux-ci ne se revendiquent en rien spirituels ?
De ce point de vue, les révoltes et révolutions, les mouvements culturels précurseurs et visionnaires, tels la Renaissance, les libertins, la philosophie des Lumières, le romantisme, le surréalisme, l’aventure hippie ou les indignés notamment, ne sont-ils pas l’expression manifeste de l’Éveil grandissant, progressif et inéluctable de l’humanité ?

L’histoire des spiritualités montre bien que les êtres les plus évolués et éveillés, de Socrate à Krishnamurti en passant par le Bouddha, Tchouang-Tseu ou le Christ, furent chaque fois considérés comme des hérétiques et des dissidents par les autorités de leur temps, parce que, du fait même de leur Éveil, ils osèrent remettre en cause les croyances et idées alors communément admises.
Le Bouddha par exemple, insatisfait des enseignements de ses maîtres de méditation, décida, peu avant son illumination, de ne se fier qu’a sa propre expérience et de découvrir par lui-même la vérité ultime.
Ainsi est-il possible d’aborder et de vivre les processus spirituels et états d’expansion de conscience, de manière libre et autonome, en-dehors du carcan étouffant et aliénant des dogmes et des rituels.

Or cette démarche est précisément celle de l’expérimentation scientifique, dont le principe est d’étudier le réel sans tabou, interdit ou préjugé.
Science et mystique, rationalité et spiritualité sont ainsi deux domaines, approches ou démarches, non seulement conciliables et compatibles, mais encore complémentaires et intimement liées, comme l’ont montré par exemple les récents développements en physique quantique.
La spiritualité, l’Éveil et la connaissance de soi ont dès lors vocation à être réintégrés au sein du vaste édifice de la culture humaine, à ne plus être considérés comme des sujets tabous, mais à devenir un objet de recherche et de débat, à être étudiés, expérimentés et enseignés comme une discipline à part entière, de manière rigoureuse et approfondie, au même titre que les mathématiques, les langues ou la géographie.

Sortir ainsi l’Éveil du ghetto des milieux spirituels, permet de lui redonner sa véritable place, son enjeu réel, qui est de constituer le socle, la racine ou la fondation des cultures et civilisations.
En effet, il suffit de considérer avec attention les chefs d’œuvres qui nous furent légués par les sociétés passées, en architecture, musique ou poésie par exemple, pour percevoir que leurs auteurs avaient manifestement atteint un haut niveau d’Éveil et d’évolution.
Et l’on pourrait multiplier les exemples, de Pythagore à Einstein en passant par Léonard de Vinci ou Victor Hugo, pour montrer que les grands esprits ayant marqué l’histoire des sciences et des arts, furent pour la plupart des intuitifs inspirés, mystiques et visionnaires, des explorateurs de la conscience autant que de la matière.
L’Éveil est ainsi la source du savoir, la condition de l’esprit, l’origine du génie, la puissance de la création.

C’est pourquoi l’Éveil est la patrie des artistes, philosophes, chercheurs et découvreurs, inventeurs, novateurs et révolutionnaires. Tous participent à leur manière, qu’ils en soient ou non conscients, à l’Éveil de l’humanité, à son émancipation des geôles mentales, psychiques et culturelles, qui la retiennent depuis si longtemps prisonnière.
L’Éveil est la clé de la transformation du monde ; il est le facteur auquel on ne pense pas ; il est le moyen autant que le but, la carte autant que le territoire d’un nouveau monde à inventer, imaginer, créer et édifier.

La flamme du cœur

Pendant des millénaires, hommes et femmes se sont prosternés devant des statues, leur offrant de la nourriture et les aspergeant de lait et de miel, afin d’obtenir les faveurs des « dieux ». Ce fut le culte des idoles.
Puis vint le culte du Dieu unique, qui condamna et supplanta ces pratiques superstitieuses. Mais l’être humain croyait toujours en un Dieu supérieur et extérieur à lui, exigeant sa soumission et son obéissance.
A partir de la Renaissance, de courageux et lucides précurseurs osèrent remettre en cause les dogmes religieux et autorités cléricales. Puis les penseurs des « Lumières » imaginèrent une nouvelle conception de la vie humaine, fondée non plus sur des croyances, mais sur la raison et les idéaux de liberté et d’égalité
Leur pensée, passablement falsifiée et dénaturée en un matérialisme désespérant, fut utilisée pour justifier le monde industriel, polluant, technocratique et destructeur, que nous connaissons aujourd’hui.

Devant le désastre des crises sans fin, la tentation est grande de revenir à l’ordre ancien, religieux et rétrograde, avec ses certitudes creuses et rassurantes.
Mais l’écroulement progressif des idéologies de référence peut aussi être vu comme une chance historique, l’opportunité idéale pour l’humanité de s’éveiller enfin de ses rêves infantiles et de devenir pleinement adulte. Cela signifie cesser de dépendre de la parole d’un autre, et devenir soi-même source de sa propre pensée, de sa propre vision et de sa propre autorité.
Autrement dit, il s’agit de ressentir, reconnaître et assumer sa propre divinité, c’est-à-dire les qualités sublimes et remarquables, que chacun porte potentiellement en soi.
Telle est précisément l’expérience des éveillés, qui découvrent et enseignent que ce que l’on nomme Dieu n’est autre que l’énergie, l’intelligence ou le principe de vie présents en tout être et en toute chose, et donc en tout premier lieu en soi-même, en son propre cœur.
Le cœur est ainsi l’outil, le moyen ou le chemin de l’Éveil.

Or il est le grand oublié de notre société. Pour des raisons différentes, matérialistes comme spiritualistes s’en défient, le rejettent ou le tiennent à distance.
Pour les matérialistes, seule importe la raison. Et ils considèrent avec beaucoup de mépris et de suspicion la sphère du sentiment, de l’intuition et de la sensibilité.
Ce mode de pensée, qui est celui de nos supposées élites, valorise l’intellect et le raisonnement, et déprécie l’affection et l’imaginaire; il aboutit à une pensée coupée du cœur, de l’idéal et de l’intuition, donnant naissance à une société dépourvue de sens, seulement préoccupée de rendement et de productivité.
Quant aux personnes se disant spirituelles, elles ne cessent de s’efforcer de vivre au contraire « dans le cœur » et « dans l’amour », par leurs pratiques, leurs rituels et leurs affirmations.
Mais elles n’acceptent le plus souvent que la moitié du cœur, celle correspondant à l’image de pureté et de perfection, qu’elles voudraient donner et avoir d’elles-mêmes, rejetant avec horreur et répulsion, chez elles et chez autrui, les personnages intérieurs incorrects et les émotions indésirables.
Or refouler ses émotions n’aboutit qu’à les renforcer. Et vouloir induire en soi artificiellement, par la force de la volonté, la joie et l’amour, en niant ce que le cœur ressent vraiment, ne conduit qu’à créer un personnage faux, mièvre, mielleux et hypocrite, au lieu et à la place de soi-même, qui n’a rien à voir avec l’authentique sourire de l’être éveillé.

Heureusement, il a de tout temps existé une autre conception de la spiritualité, celle qui mène précisément à l’Éveil, et qui consiste à découvrir et accepter toutes les facettes de soi et à vivre, par l’alchimie du cœur, leur transmutation en force, joie, paix, amour et sagesse.
On peut alors s’autoriser à être vrai, spontané et sincère, sans se sentir tenu de porter le masque de la personne constamment heureuse, parfaite et irréprochable.
Le cœur est donc à prendre, écouter et accepter en totalité, car il est détenteur du savoir essentiel, de la connaissance intuitive et de l’intelligence affective, dont notre monde a si urgemment besoin.
Ainsi, paradoxalement, c’est lorsqu’il se met à l’écoute de ses sentiments, que l’être humain cesse de se comporter en idiot ou en barbare et qu’il redevient sensé et rationnel.

Accepter ses émotions, son cœur, sa sensibilité mène ainsi naturellement à la douceur, la bonté, l’échange et le partage, et à édifier une société heureuse.
Refuser ses émotions, les nier, les étouffer et les incarcérer, c’est se condamner à la souffrance, la violence et la guerre, s’enfermer dans une spirale de drames et de crises inutiles, jusqu’à la lassitude de ce jeu cruel et le désir d’en sortir.
La révolution du cœur, qui sera peut-être la grande surprise des temps à venir, consistera alors à s’ouvrir, se lâcher, s’abandonner, quitter les masques, postures, rôles et prétentions, retrouver la joie, le pouvoir et la sagesse, et exprimer son être primordial, sa nature éternelle.

Le cœur nous pousse ainsi à avancer, comprendre, écouter, donner, recevoir, accepter, aimer.
Le cœur nous révèle notre véritable identité, notre nature grandiose, sublime et prodigieuse.
Le cœur est la matrice de tous les changements, la source de tous les accomplissements.
Le cœur nous donne accès au savoir, à l’intuition, à l’amour et à l’Éveil, simplement, spontanément, naturellement, sans qu’il soit nécessaire de souffrir, se contraindre, se blesser ou se combattre.

La porte de la joie, la condition du bonheur et la clé de la sérénité résident certainement en nous-même, non seulement du fait de notre pouvoir d’accepter et de transmuter nos émotions, mais encore parce que la souffrance et la détresse sont tout bonnement des malentendus.
Souffrir est ainsi la conséquence d’un mode de pensée inadéquat qui, pour être général n’en est pas moins erroné, et qui consiste à classifier le monde et tout ce qu’il contient, en deux blocs opposés et inconciliables : le bien et le mal, ce que l’on aime et ce que l’on n’aime pas, ce que l’on valorise et ce que l’on déprécie, ce que l’on accepte et que l’on refuse, récuse ou rejette.
Comment peut-on être heureux s’il advient ce que l’on n’aime pas ou si ce que l’on aime disparaît, car, comme le disent les bouddhistes, « la seule chose qui ne change pas, c’est le changement » ?

Les éveillés, quant à eux, sont heureux, à chaque instant et de manière si manifeste que la joie illumine leur visage ; car ils sont connectés à leur puissance de vie et ont découvert en eux-mêmes la source de tout contentement.
Aussi aiment-ils ce qui est.
Ils ne séparent pas les êtres et les événements en bons et mauvais, mais perçoivent en chacun l’étincelle qui l’anime.
Ils ne combattent pas le réel, mais jouent, chantent et dansent avec lui.
Ils acceptent totalement ce qui advient, et vibrent en accord et en harmonie avec le monde, ce qui ne signifie pas qu’ils s’interdisent de penser, parler et agir, lorsque cela s’avère nécessaire.

Ils peuvent même s’avérer de grands réformateurs ou des penseurs radicaux, mais ils agissent guidés par la vision d’un monde plus avancé et non par rejet de celui-ci.
Car la force d’agir est la force d’aimer : on ne se rebelle pas par haine du tyran, mais par amour de la liberté !
Accepter ce qui est, ce n’est donc pas devenir un légume, ni un esclave consentant et résigné ; c’est au contraire prendre acte de la situation, pour agir en pleine connaissance de cause et avec la meilleure efficacité.
Autrement dit, accepter la réalité, c’est se comporter en adulte, au lieu de s’adonner à la réaction, à la crispation, au stress ou à la gesticulation.

Si les éveillés ne croient pas à l’existence du bien et du mal (contrairement aux religieux), s’ils ne valident pas cette vision dualiste du monde, c’est simplement parce qu’ils ont dépassé le stade émotionnel.
En effet, c’est par peur, haine ou désespoir que l’on va décréter sommairement que tel individu, peuple ou doctrine incarnerait le mal ou le bien, et qu’il faudrait combattre les premiers pour faire triompher les seconds.
C’est toujours au nom du bien et pour extirper le mal, que l’être humain, depuis des siècles, tue, extermine, torture et asservit.
Aussi, le bien et le mal sont-ils des catégories imaginaires, des concepts naïfs, simplistes et réducteurs ou de pieux prétextes, pour assouvir des pulsions inavouables de revanche ou pour justifier ses peurs.

L’Éveil consiste donc à cesser le combat, cesser d’opposer les uns aux autres, cesser de se réclamer d’une chapelle plutôt que d’une autre, et apprécier la beauté, la valeur et la sagesse de tout être, de tout moment et de tout événement.
Car, aux yeux des éveillés, tout instant est parfait, tout être est porteur d’une sagesse et d’une lumière que parfois il ignore, et toute situation est riche de sens et d’enseignement.
Ayant cessé de réagir émotionnellement et mécaniquement aux évènements, ils ne les perçoivent plus isolément, en les étiquetant comme bons ou mauvais, mais comme des moments d’une vaste et ininterrompue succession de transformations, des phases d’un processus ou d’une chaine causale aux conséquences sans fin.
Ainsi, d’un supposé « mal », peut surgir un « bien » ; et ce que l’on prenait pour un « bien » pourra avoir au final des effets désastreux.
C’est pourquoi, plutôt que de se focaliser de manière passionnelle sur les événements, en ne cessant de se réjouir ou de se lamenter, tel une marionnette robotique, le sage préfère-t-il demeurer serein et poursuivre paisiblement sa tâche.

Accepter ce qui est permet ainsi de développer en soi l’équanimité (qui est un des aspects de l’Éveil), c’est-à-dire l’égalité d’humeur, une joie sereine et légère, fondée sur l’ouverture, l’abandon et la confiance envers la vie.
Naît alors peu à peu le sentiment intuitif que les événements qui affectent nos vies, fussent-ils les plus absurdes ou les plus improbables, n’adviennent pas par hasard, et sont même idéalement ciselés, pour nous amener à vivre les situations, choix et changements, dont nous avons le plus ardemment besoin.
Pas après pas, erreur après erreur, expérience après expérience, nous apprenons ainsi patiemment notre métier d’humain.
Et notre séjour sur Terre apparaît alors, non plus comme une injustice, un exil ou une prison, mais comme une efficace et inventive école de courage, de sagesse et de vérité.
En tant qu’artistes du réel, intrépides et aventureux, il nous appartient seulement de nous ouvrir et de nous abandonner à la somptueuse danse cosmique de l’évolution et de l’Éveil.

La danse de l’esprit

« La vérité vous rendra libres » disait le Christ ; et le groupe d’aventuriers mystiques dont faisait partie le célèbre Gurdjieff, se nommaient eux-mêmes les « chercheurs de vérité ».
Aussi la quête de vérité est-elle un autre nom de la démarche spirituelle, puisqu’il y est question de s’affranchir des illusions, erreurs, croyances et mensonges qui aliènent et conditionnent l’humanité, pour retrouver et redécouvrir sa liberté, sa beauté, son savoir et son pouvoir, pour redevenir soi.
Mais de quelle vérité parle-t-on ?
Et qu’est-ce au juste que la vérité ?

On entend souvent dire que la vérité n’existe pas, que chacun possède sa vérité et qu’il ne sert donc à rien de discuter, si ce n’est à attiser les haines et les conflits.
Mais ce point de vue séduisant se révèle rapidement, si l’on veut bien y réfléchir, nihiliste et même absurde, puisqu’il nie la possibilité de toute connaissance, de toute science et de toute recherche.
Un chat n’est pas un chien ; la terre est sphérique et non plate : c’est là une vérité et des hommes sont morts pour avoir osé l’affirmer.
En tout domaine, il est donc possible d’élaborer et d’acquérir un savoir, sachant que celui-ci pourra être complété ou remis en cause, à mesure qu’apparaîtront des éléments nouveaux.

Rechercher la vérité sur soi-même et sur le monde, c’est ainsi comparer les différentes idéologies existantes, formuler ses accords et ses désaccords, distinguer au sein de chacune, ce que l’on estime juste ou non et élaborer ainsi peu à peu sa propre opinion et sa propre vision.
Il n’y a donc rien de négatif ou d’immoral à critiquer ou émettre des objections ; c’est la condition même de la liberté de pensée : les dissidents soviétiques ou les opposants à Hitler critiquèrent leurs dirigeants ; le Christ critiqua les pharisiens et le Bouddha le système des castes, sans que personne ne songe aujourd’hui à le leur reprocher.

Aussi nous faut-il cesser de croire que la pensée soit incompatible avec l’Éveil. Car, à force de vouloir « se couper du mental », « détruire ou tuer le mental », beaucoup ont fini par ne plus oser penser du tout !
La diabolisation du mental qui a cours dans les milieux dits spirituels provient d’une erreur de traduction : on traduit par mental, en l’assimilant à l’intellect, le sanskrit « manas », qui désigne en fait la pensée émotionnelle, conditionnée par le passé et les automatismes de toutes sortes.
Mais il existe un autre mot sanskrit, « vijnana », qui désigne le mental ou l’intellect évolué et éveillé, dépositaire et expression de la sagesse de l’esprit conscient et inspiré.
Le mental n’est donc pas un ennemi à fuir ou à combattre, mais une fonction à affiner, développer et accomplir.
Ainsi le mental, l’intellect ou l’esprit sont à réhabiliter, au même titre que le corps et le sentiment.
Un être éveillé emploie l’intégralité de ses facultés ; c’est un être complet, qui assume la totalité de sa nature humaine et non une figure angélique, castrée ou amputée de son sexe, de son cœur ou de son cerveau.
Qu’est-ce donc qu’une spiritualité sans esprit, où l’on s’interdit de réfléchir et où l’exercice même de l’esprit, c’est-à-dire la pensée est considéré avec méfiance et suspicion, comme une activité douteuse, dangereuse voire diabolique ?
Cette spiritualité-là (ou pseudo-spiritualité) n’est qu’un instrument totalitaire, régressif et involutif, qui enferme dans une impasse sinistre, des êtres dont le potentiel et la vocation étaient de s’éveiller.

Un autre obstacle majeur à la liberté de pensée comme à la liberté d’expression, réside dans la croyance curieuse, extrêmement répandue dans les milieux spirituels et du développement personnel, que la critique est négative, diabolisant ainsi toute opinion dissidente, qualifiée de « jugement ».
Ce point de vue est non seulement absurde, mais totalitaire, puisqu’il interdit toute pensée personnelle : en effet, si exprimer un désaccord ou une divergence est interdit, on se condamne soi-même, ainsi que les êtres que l’on côtoie, au conformisme le plus total, faisant dès lors régner une « police de la pensée » des plus détestables, en complète contradiction avec les idéaux démocratiques et les droits de l’homme, si difficilement conquis, reconnus et acquis depuis deux siècles.
Ajoutons que cette tentative illusoire de ne jamais « juger », ni critiquer qui ou quoi que ce soit, pour ressembler à un « petit saint », est par définition incohérente, puisqu’elle aboutit à rejeter et donc « juger » quiconque aurait l’audace d’y contrevenir, en osant critiquer et faire usage de son esprit.

Il s’agit, une fois encore, d’un malentendu, provenant d’une confusion entre pensée et émotion.
Une opinion critique ne devient problématique que si elle est haineuse ou méprisante, et si elle aboutit à refuser le dialogue et à rejeter par avance ce que l’autre souhaite exprimer.
Ce n’est donc pas la pensée critique qui crée la guerre et le conflit, mais la haine et le rejet de l’autre, ce même rejet, ainsi que la censure et le refus de communiquer avec les « mal-pensants », étant précisément le résultat de l’application de l’idéologie du non-jugement.
La critique et le jugement peuvent parfaitement être bienveillants et bien intentionnés ; et ils sont même indispensables à toute discussion ouverte et à l’expression d’une pensée libre.
Les interdire, c’est refuser d’entendre l’autre ; et c’est s’opposer à tout changement, toute remise en cause et toute transformation sociale. La critique, rationnelle et argumentée a, de tout temps, été l’outil fondamental des idéalistes et de tous ceux qui ont voulu changer l’ordre des choses : on ne peut proposer du neuf, sans pointer les failles de l’ancien.
De plus ; l’idéologie du non-jugement conduit à penser que tout se vaut et qu’il n’y a pas de différence entre beauté et laideur, vérité et erreur, talent et médiocrité; c’est donc la négation de tout savoir, de tout sens et de toute valeur, ainsi que le choix implicite de la confusion, de l’ignorance et de la régression.
L’interdit du jugement a finalement pour origine la peur de prendre position et le sentiment d’auto-dévalorisation, l’idée (inexacte) de son inaptitude à démêler par soi-même le vrai du faux, et par conséquent la primauté accordée à la norme commune.
C’est donc de ces émotions et croyances, qu’il convient de se libérer, plutôt que d’imposer en soi et autour de soi, une dictature sclérosante et étouffante.
Pour clarifier et résumer cette question, précisons que le terme de jugement (comme celui de mental) génère beaucoup de confusion et serait peut-être pour cette raison à éviter, car il désigne deux réalités tout-à-fait différentes : d’une part l’appréciation ou l’évaluation d’un fait, d’une attitude ou d’une situation, indispensables à l’élaboration d’un savoir ou d’une opinion (ce que l’on nomme la faculté de jugement), et d’autre part le rejet ou la condamnation sans appel d’un être ou d’une idée, parce que celui-ci ou celle-ci réveille en soi une émotion latente ou remet en cause une croyance ou un système culturel de croyance. La solution à apporter dans ce cas réside dans la perception et la transmutation de ce réflexe de nature émotionnelle .

Pourquoi tant de gens ont-ils donc si peur d’être autonomes, de penser par eux-mêmes et préfèrent-ils répéter les vérités toutes-faites, réciter les dogmes en vigueur ?
Enfants, nous voulions tout savoir du monde.
Nous n’avions de cesse de tout comprendre, tout connaître, tout explorer ; et nous demandions aux « grands » qui nous entouraient, de nous expliquer le pourquoi et le comment de toute chose.
Et puis, à un certain moment, nous avons cessé de poser des questions. Était-ce parce que nous n’avions plus rien à découvrir, ou bien ne serait-ce pas plutôt, parce que nous avons compris que ce qui était exigé de nous n’était pas de penser par nous-même, mais de « penser comme il faut » ?
Aussi, avons-nous, pour la plupart, pris l’habitude de répéter ce que l’on nous disait, et de jouer le rôle que l’on nous demandait, obtenant ainsi l’approbation et l’amour, plutôt que de rechercher la vérité, activité risquée, improbable et déconsidérée.
Ainsi en va-t-il partout sur la planète : selon que l’on naîtra dans une famille chrétienne, bouddhiste ou communiste, on sera chrétien, bouddhiste ou communiste ; et même si l’on commence à s’éveiller et que l’on cherche à y voir plus clair, on se contentera généralement de troquer une idéologie pour une autre, plus seyante, moderne ou « branchée ».

Chacun croit ou prétend penser par soi-même, mais dans la réalité, il en va tout autrement : il faut bien reconnaître que beaucoup, si ce n’est la plupart des êtres humains, ont en effet décidé, à partir d’un certain âge, d’abandonner leur pouvoir de penser entre les mains de supposées autorités (religieuses, politiques, philosophiques, médiatiques…) ; et dès lors, leur existence tout entière consistera, non pas à tenter de comprendre le monde et à élaborer leur propre pensée, mais seulement à répéter les vérités toutes-faites établies, une bonne fois pour toutes, par ces mêmes autorités et leurs idéologies, sans qu’il ne soit jamais question de s’interroger sur leur pertinence ou leur validité.
Pourtant, pourquoi la vérité résiderait-elle davantage dans des « livres saints » ou traités philosophiques, souvent obscurs, abscons ou illisibles, plutôt qu’en notre propre esprit ?

Pour illustrer ce mécanisme étrange, qui fait perdre à l’être humain tout sens critique, prenons un exemple dans le bouddhisme (mais l’on pourrait en trouver tout autant, dans d’autres systèmes de pensée ou de croyance) : il existe dans le canon bouddhique, quatre affirmations qualifiées traditionnellement de « quatre nobles vérités », qui s’avèrent, lorsque l’on prend la peine de les étudier, grandement contestables ou pouvant, tout au moins, être matière à discussion. Or jamais l’on ne trouve, dans l’abondante littérature consacrée au bouddhisme, la moindre remise en cause ou examen critique de ces assertions.
Il suffit donc que l’on déclare qu’il s’agit de vérités (nobles de surcroît), pour que chacun les considère automatiquement comme telles, sans essayer de se forger sa propre opinion.

Prenons un autre exemple de soumission aveugle à l’autorité et de répétition sans réflexion de ses affirmations, concernant également le bouddhisme : voilà des années que l’on entend partout répéter que le bouddhisme n’est pas une religion, mais une philosophie, au motif que l’on n’y parle pas de Dieu (alors que le Bouddha et les Bodhisatvas sont souvent vénérés comme des déités).
Depuis quand voit-on des philosophes en robe rouge, jaune ou noire se prosterner devant des statues, répéter tous la même chose et réciter des prières ?
Le bouddhisme présente sociologiquement toutes les caractéristiques d’une religion (existence d’un clergé organisé hiérarchiquement, rituels et liturgies, corpus dogmatique, injonctions et interdits, uniformes sacerdotaux et objets de culte) et aucun des traits d’une philosophie (libre discussion où chacun se trouve dans une situation égalitaire et est invité à exercer son regard critique et à élaborer sa propre opinion).
Que le Bouddha soit l’un des plus remarquables éveillés qui ait foulé le sol de cette planète, c’est une évidence ; et il disait lui-même : « ne croyez rien de ce que j’affirme, mais soumettez le à votre propre expérience ».
Mais cela ne signifie pas qu’il en soit de même des êtres qui lui ont succédé et qui ont codifié et mis en dogmes son message ; et il faudrait être bien naïf pour penser que ce qui est arrivé à tous les autres initiateurs de mouvement spirituel ou religieux (déformation et dénaturation de leurs enseignements), ait miraculeusement épargné le bouddhisme depuis 2500 ans.

La véritable spiritualité ne consiste donc pas à accumuler les commandements, les règles et les interdits, ni à s’efforcer de ressembler à un modèle de perfection, mais à abandonner tout repère extérieur et à devenir soi-même source de connaissance, de sagesse et d’inspiration..
Car, comment l’esprit éveillé pourrait-il se faire jour, lorsque la place est prise, lorsque l’esprit est encombré de toutes sortes d’idées, impératifs et injonctions qui ne viennent pas de soi ?
L’Éveil est ainsi un grand nettoyage, un vaste effondrement des illusions, erreurs et pseudo-certitudes qui figent et ankylosent l’esprit.
Et c’est par l’apprentissage de la pensée juste, autant que par l’ouverture du cœur, qu’apparaîtra un nouvel être humain, apte à édifier une société heureuse et évoluée.

La spiritualité dont a besoin notre temps ne consiste donc pas en quelques exercices de yoga ou de za-zen, quelques nouveaux dogmes exotiques et un zeste de bien-pensance et de bonne conscience, mais en un réensemencement de la pensée contemporaine, au regard du savoir acquis depuis des millénaires, par les mystiques et éveillés du monde entier, posant ainsi les fondations et conditions d’un monde différent, réellement alternatif, car authentiquement éclairé.
Profitons donc de la chance historique qui nous est offerte, d’explorer de nouveaux territoires, de défricher de nouveaux possibles, en faisant la synthèse de l’Orient et de l’Occident, de la contemplation et de l’action, de la pensée et du sentiment, de l’intuition et de la logique, du connu et de l’inconnu, du cœur et de l’esprit !

La culture de l’Éveil

Ainsi l’Éveil est-il un voyage, un itinéraire de transformation, menant d’un état A à un état B, radicalement nouveau et différent, à ceci près que gare de départ et gare d’arrivée ne font qu’une. Et l’on ne peut savoir à l’avance combien de temps durera le périple, ni quels seront les obstacles rencontrés.
L’Éveil ne peut donc être décidé, décrété, prévu ou programmé à l’avance ; il échappe à la volonté et au contrôle, et se rit de leurs ridicules prétentions ; il ne peut être feint ou singé, tant sa présence est manifeste et son empreinte inimitable.
L’Éveil n’est pas davantage un processus intellectuel, consistant à mémoriser et commenter les faits et dires des éveillés.
Il se trouve ainsi, dans toutes les cultures, des érudits capables de disserter, des heures durant, sur les mérites de tel ou tel enseignement ou système de croyance. Mais cela n’a rien à voir avec l’Éveil, qui est une mutation totale et radicale, un changement profond et manifeste de comportement et de manière d’être.
Et surtout, l’Éveil est sans rapport avec le culte des éveillés, leur vénération, la célébration de leur souvenir et la récitation béate de leurs paroles et préceptes.

Là commence l’éternelle erreur des cultes et religions, qui consiste en un subtil changement d’objectif : au lieu de s’élancer dans la quête de l’Éveil, comme l’ont fait depuis toujours les « chercheurs de vérité », on va simplement se contenter de communier dans l’adoration d’un maître (généralement mort depuis longtemps) et de ses nombreux successeurs.
C’est ainsi (en tout cas apparemment) beaucoup plus facile : il n’est plus question d’apprendre à se connaître, de se confronter à ses ombres et de remettre en cause tout ce que l’on croyait savoir de soi et du monde.
Il suffit désormais de se couler dans les moules préformés des prières et des rituels, pour se trouver, à l’instant même, gratifié de tous les mérites et de toutes les qualités, en faisant ainsi l’économie d’un véritable travail sur soi.
Autrement dit, l’obéissance remplace désormais la quête intérieure et la conformité devient de ce fait la valeur suprême, au lieu et à la place de l’Éveil.

Avec la meilleure volonté du monde, nombre de chercheurs spirituels sincères tombent malgré eux dans le piège de la pseudo-spiritualité du paraître et du faire-semblant : en s’imposant des efforts pour ressembler à un modèle de pureté, d’amour et de perfection, on est ainsi amené, au lieu de rester simple, naturel et spontané, à créer artificiellement par la volonté, un personnage fictif et factice, que l’on voudrait être soi et à refouler par voie de conséquence ses émotions et ses parts d’ombres ; ce qui ne les fera nullement disparaître (car on ne peut tuer une part de soi), mais au contraire les renforcera, et les rendra d’autant plus agissantes, qu’elles seront désormais inconscientes, car niées et disqualifiées.
La prétendue spiritualité du refoulement et du contrôle, devient vite un combat incessant et sans fin, contre ses « mauvais penchants » ou émotions perturbatrices, qui ne pourront jamais se transmuter, puisqu’elles n’auront jamais été, ni acceptées, ni ressenties.

Évidemment, ce syndrome du combat contre soi tire son origine de notre culture patriarcale ancestrale, pour laquelle rien ne peut s’obtenir autrement que par la lutte, la domination et le contrôle, y compris contre soi-même, lorsqu’il est question de s’accomplir ou s’éveiller.
Cette étrange mentalité, qui voit en l’autre et surtout en soi un ennemi méprisable à vaincre, humilier, soumettre et surveiller, fournit la clé ou l’explication du masochisme religieux ou pseudo-spirituel : postures douloureuses et inconfortables, que l’on s’oblige à tenir pendant d’interminables méditations ; auto-surveillance constante de ses paroles et de ses pensées, afin de ne surtout pas être « dans le mental, l’ego ou le jugement » et autres auto-limitations absurdes ; négation de sa propre faculté de penser, au bénéfice des idées de supposées autorités, que l’on répétera et transmettra servilement ; culte de la personnalité autour de quelques personnages encensés, avec la croyance que l’on ne pourra jamais les égaler, traduisant le peu d’estime que l’on a de soi ; accomplissement sans réflexion de gestes et de prières, non en raison d’une idée ou inspiration personnelle, mais parce qu’ils ont été prescrits par son autorité de référence, etc.

Le point commun de toutes ces attitudes est donc le mépris de soi, l’idée que l’on est inapte à penser, comprendre, savoir et ressentir par soi-même, et la délégation de toutes ces facultés à plus grand, plus sage ou plus évolué que soi.
Se met alors en place insidieusement un cercle vicieux : plus l’on fait prévaloir la voix de l’autorité sur la sienne propre, plus l’on se détourne de ses propres capacités ; plus l’on étouffe ses émotions, plus l’on se coupe de son ressenti et de sa sagesse personnelle. Se trouvant alors perdu, ne sachant plus discerner le vrai du faux, le réel de l’illusoire, on se réfugie d’autant plus, dans le giron rassurant des groupes et « familles » spirituelles.
La fin du non-éveil est précisément l’Éveil : c’est lorsqu’il est repu de sommeil et d’illusion, lorsqu’il a suffisamment goûté les délices de la souffrance, de l’ignorance et de l’aliénation, que l’être humain envisage de quitter l’obscur labyrinthe des voies sans issue et de se risquer à la lumière et à l’air libre.
Cesser de souffrir est ainsi une nouvelle expérience, étonnante, inhabituelle, presque exotique. « Le bonheur est une idée neuve en Europe », disait Saint-Just.
Lorsque l’apprenti spirituel en aura assez d’être son propre accusateur, son propre bourreau et son propre geôlier, de se croire trop ceci ou pas assez cela, d’imaginer qu’il y aurait en lui quelque chose qui ne va pas, un crime ontologique, un péché originel ou un mental problématique, alors il réalisera sa propre perfection, son éternelle beauté, sa définitive illimitation.

Mais, dira-t-on, tout ceci concerne les religieux. Qu’en est-il de la spiritualité hors-religion ?
Osons le dire : l’écrasante majorité des personnes qui se déclarent « spirituelles », se trouvent prises au même piège que les adeptes des religions. Elles participent du même syndrome d’auto-censure, d’auto-contrôle et de d’auto-dépréciation.
Leur supposée spiritualité consiste pour l’essentiel en un assemblage aléatoire de pratiques ritualisées, de paroles stéréotypées piochées dans les livres ou enseignements à la mode, et de vagues injonctions morales, ne différant que fort peu, en cela, des adeptes des religions.
On trouvera des différences de vocabulaire, de look ou de folklore, mais les mêmes attitudes de ritualisme, de dogmatisme et de conformisme, les mêmes interdits et la même bien-pensance.
Beaucoup quittent ainsi le christianisme pour le bouddhisme, l’hindouisme, le chamanisme ou le « new-âge », sans imaginer qu’ils puissent tomber par-là de « Charybde » en « Scylla », que leur conversion consiste pour l’essentiel à troquer un habit blanc pour un manteau rouge, jaune ou noir, à changer simplement de troupeau.
Faut-il donc tout rejeter, récuser, interdire, vilipender ?
N’y a-t-il aucun enseignement, aucun maître, aucune voie que l’on puisse suivre avec profit ?

La connaissance et l’expérience, dans quelque domaine que ce soit, s’acquièrent par l’étude et la mise en pratique des divers savoirs que l’on aura acquis. Et plus l’on se sera abreuvé à des sources variées, plus la connaissance en résultant sera riche, diversifiée et approfondie, plus l’on sera à même d’effectuer sa propre synthèse et d’élaborer sa propre vision.
Il n’y a donc rien à rejeter, aucune connaissance à récuser ou refuser ; mais au contraire, toutes sont à aborder, étudier, questionner et approfondir afin de se construire, mais en conservant toujours distance critique et liberté d’appréciation.
Le problème ou la stagnation commence, lorsque l’on adhère à un système déterminé, s’interdisant, pour cette raison, d’« aller voir ailleurs », comme de critiquer ses maîtres et leurs assertions, perdant de ce fait son autonomie de pensée et sa capacité de progresser.

Le problème est le besoin d’adhérer et de croire, besoin infantile et ancien d’être rassuré et sécurisé par une famille et un père ou une mère omnipotent et omniscient, entre les mains de qui l’on abandonne, et son savoir et son pouvoir, ouvrant dès lors la porte à tous les abus et toutes les sujétions.
Mais, pour peu que l’on ressente, accepte et comprenne ses émotions, on ne sera plus susceptible de tomber dans le piège de l’idolâtrie et de la dépendance, qui est simplement un transfert, bien connu des psychanalystes.
La différence entre un être libre et un esclave soumis, entre un éveillé et un dormeur, entre un penseur et un croyant réside précisément là : voudra-t-on être l’auteur de sa propre pensée, ou vivra-t-on par procuration, à travers l’esprit de quelqu’un d’autre ?

Tel un poisson tournant en rond dans son triste bocal, l’homme ou la femme d’aujourd’hui étouffe et désespère dans un monde absurde, dépourvu de sens comme de finalité, et se tourne alors à raison vers la spiritualité ; mais les versions qui lui en sont le plus souvent proposées, ritualistes, dogmatiques et disciplinaires, se révèlent finalement comme autant de murs ou d’impasses, tout aussi sclérosantes et aliénantes, si ce n’est davantage.
La version de la spiritualité qui nous fut en effet vendue ou imposée un peu partout pendant des millénaires s’avère être, au final, une illusion ou une imposture toxique, dirigée contre la vie elle-même et conduisant, aussi aberrant que cela puisse paraître, à culpabiliser, condamner et diaboliser les fonctions biologiques, permettant à l’être humain d’évoluer et de se réaliser : ainsi nous a-t-on fait croire que le corps est impur, la sexualité diabolique, l’émotion à réprimer et le mental à éliminer.
Que nous reste-t-il alors pour faire l’expérience de la vie ?
Est-ce ainsi, par la négation de nous-même, que nous allons nous éveiller ?
Quel but ou objectif nous est-il assigné, si ce n’est de devenir de parfaits robots infantiles, impuissants et décérébrés ?

Cette prétendue « spiritualité » anti-vitale, masochiste et maladive, conduisant, par la soumission à des rituels superstitieux et des commandements arbitraires, à se contrôler, se blâmer et se culpabiliser constamment, n’est qu’une tentative désolante et absurde de répression et interdiction de toute manifestation de vie libre et spontanée en l’être humain. Or c’est tout au contraire par la découverte et l’expression de la spontanéité et de l’authenticité, que l’on peut retrouver sa véritable nature et non seulement expérimenter le bien-être et l’harmonie, mais également s’engager sur le chemin de l’Éveil.
Aussi est-il grandement temps d’inventer aujourd’hui, à partir de soi et de ses propres expériences, une nouvelle forme de spiritualité, rationnelle, hédoniste et émancipatrice, consistant à s’affranchir de toutes les barrières et prisons intérieures, à remplacer la tyrannie du contrôle et de la volonté par l’aventure du lâcher-prise et de la spontanéité, enfin à retrouver et faire rayonner son plein potentiel, dans tous les aspects et domaines de l’expérience humaine.

Aussi l’Éveil, tout comme la vie, connaît-il mille couleurs, mille nuances et mille déclinaisons.
Ne l’emprisonnons donc pas dans des définitions restrictives, des conceptions figées, des catégories fermées. Sachons le reconnaître derrière les multiples fards, voiles et déguisements qu’il se plaît à emprunter.
L’Éveil est partout, dans le chant du poète, l’extase des amoureux ou les cris de joie des enfants.
Cessons donc d’opposer éveillés et non-éveillés ; cessons d’idolâtrer les premiers et de déprécier les seconds ; renonçons à situer les uns et les autres d’un côté ou de l’autre de la barrière, car celle-ci est parfaitement imaginaire.
Même les éveillés les plus remarquables continuent chaque jour d’évoluer et de se transformer, car la vie est sans fin.
Nous sommes tous plus ou moins éveillés, en voie d’Éveil, autrement dit des éveillés en puissance, en devenir ou en apprentissage.
Cessons de nier, masquer ou oublier ce que nous sommes profondément. Assumons notre nature divine, grandiose et glorieuse. Cessons de faire semblant de ne pas être éveillés !
Car l’Éveil est la matière même de nos vies ; il n’est pas une chimère à attendre ou à espérer, mais une réalité à découvrir, défricher, explorer et ressentir, dès maintenant, dès aujourd’hui.
L’Éveil est l’énergie, la conscience et le signal du nouveau monde

Aussi nous faut-il, pour le manifester, passer de l’état de disciple à celui de maître, reflétant ce que nous sommes en réalité et de toute éternité ; ce qui ne signifie nullement monter sur une estrade et nous faire adorer, mais assumer et exprimer notre vérité profonde, notre nature essentielle, notre indéfectible Éveil, chacun à sa manière et selon son inspiration.
Beaucoup vivent l’époque actuelle comme un calvaire ou une épreuve, en maugréant, rechignant et traînant les pieds.
Pourtant, en raison même de ses difficultés et incertitudes extrêmes, elle nous offre l’occasion idéale pour nous éveiller et nous accomplir à une vitesse accélérée. Sans doute avec le recul, ce temps apparaîtra-t-il comme une des plus fantastiques écoles d’évolution et d’Éveil, qu’il soit possible de connaître et d’expérimenter.
Alors, profitons-en pleinement ; et soyons aux premières loges pour assister et participer au fascinant spectacle de la mutation planétaire.

L’Éveil de conscience des peuples et des individus est ainsi le pont entre les mondes, le moyen et le moteur de la transition des âges ou de la mutation sociétale et planétaire.
Héritière du Christ et du Bouddha, comme de Woodstock ou de mai 68, la nouvelle culture spirituelle, que chacun pressent, attend et espère, ne consiste pas à prendre des poses ou des manières « spirituelles » ou à afficher un éternel sourire béat, mais à être vrai, naturel, intuitif et créatif, à œuvrer plutôt que travailler, à inventer plutôt qu’appliquer, à réfléchir plutôt que répéter, et à écouter son corps, honorer sa sexualité, vivre ses émotions, exercer sa pensée et expérimenter l’expansion de sa conscience.
La nouvelle culture de vie qui s’en vient, ne vise pas à formater et enfermer l’être humain dans des moules et schémas répétitifs et restrictifs, mais à lui procurer les conditions idéales pour se connaître, se comprendre, se trouver, se transformer et se réaliser, exprimer ses plus remarquables et brillants potentiels et manifester sa nature éveillée, accomplie et unifiée.
La nouvelle spiritualité, libre, intuitive et spontanée ne conduit donc pas à être l’esclave d’un gourou, d’un groupe ou d’une doctrine, mais à devenir un humain adulte, évolué, actif et autonome, et à remplacer le rituel par l’expérience, les superstitions par la connaissance, la dévotion par l’estime de soi, l’obéissance par le dialogue, la prière par l’intuition et la discipline par l’inspiration.

C’est pourquoi le surgissement de l’Éveil n’est pas réservé ou confiné aux lieux conçus à cet effet (ashrams, monastères, ermitages etc.), mais s’invite insolemment dans tous les espaces de la vie sociale, et particulièrement ceux où les enjeux sont complexes, délicats, subtils et considérables : lieux associatifs, militants ou communautaires, salles de spectacle, ateliers d’artistes, studios de cinéma, universités, assemblées délibératives, salles de rédaction…
La réflexion, l’invention, l’imagination, l’illumination, la poésie, la spontanéité, la sensualité et le désir, sont ainsi les outils ou chemins multiples et inattendus de l’Éveil de l’humanité, qui lui permettront d’explorer et expérimenter la spiritualité essentielle et éternelle, celle de la vie, la joie, la jouissance et l’extase !

L’Éveil est ainsi notre droit, notre fête, notre défi et notre aventure.
L’Éveil est le sang qui coule dans nos veines, le torrent de vie qui irrigue nos cœurs, l’amour irrépressible qui émeut, bouleverse, transperce et illumine.
L’Éveil est la vocation, l’aspiration, la chance et le devenir de tout être vivant.
L’Éveil est la clé, le programme, le déclencheur et le mode d’emploi du monde à venir.

ÉI2 : l’alchimie émotionnelle

Chapitre premier : le paysage intérieur

Qu’est-ce que l’émotion ? Où nous conduit-elle ?
Est-ce un bien ? Est-ce un mal ?
Faut-il s’y ouvrir, s’y livrer, s’y abandonner ou bien la contrôler, la maîtriser, la discipliner ?
Au final, à quoi sert l’émotion ? Est-elle vraiment utile ? Ne pourrait-on pas s’en passer ?

Pour le savoir, imaginons un instant sa disparition : que serait un être humain sans émotion ?
Il ferait certainement un travailleur modèle, discipliné, performant et efficace, accomplissant impeccablement les tâches qui lui sont assignées, appliquant rigoureusement les instructions reçues ; mais il serait un humain effrayant, froid, rigide, sans état d’âme, prêt à tout pour atteindre ses objectifs, exécuter ce pour quoi il a été programmé, bref un véritable robot.
Aussi l’émotion apparaît-elle comme une fonction essentielle, un bienfait, une sauvegarde ou une protection contre les folies du monde, un signal intérieur nous indiquant notre propre chemin.

L’émotion est ainsi la manifestation de notre principe ou puissance de vie. C’est elle qui nous rend beau, sage et heureux. C’est par elle que nous pouvons aimer et être aimés.
L’émotion est le langage universel, le « sésame ouvre-toi », par lequel nous pouvons être compris, acceptés, appréciés, quelles que soient les langues, cultures ou religions.
L’émotion, irrationnelle, incontrôlable et imprévisible, fascine et attire irrésistiblement l’être humain, qui la recherche à travers toutes ses activités, pressentant intuitivement qu’elle lui donne accès à ce qu’il a de plus précieux, sa sensibilité, son cœur, sa faculté de comprendre et d’aimer.

Ainsi les enfants jouissent sans pudeur de leurs émotions qu’ils vivent intensément, ne songeant qu’à jouer, s’amuser et pousser des cris de plaisir.
C’est bien sûr l’émotion qui parcourt le corps des amants, qui insuffle la vie, qui fonde les couples, les familles et les communautés.
C’est encore l’émotion qui inspire, nourrit et exalte les artistes, comédiens, musiciens, peintres ou danseurs, heureux ou abattus selon qu’elle les visite ou les délaisse.
Même les penseurs, chercheurs, savants et philosophes, sont animés par la passion de la vérité, la soif de savoir et de comprendre (qui sont également des émotions).

Aussi, paradoxalement, l’émotion développe l’ intelligence, car elle exacerbe la sensibilité, rend perceptibles la diversité, la complexité et la subtilité du réel et permet d’en dresser un portrait pertinent ; à telle enseigne que les êtres qui se coupent de leur émotion et de leur intuition, privés de leur intelligence véritable et de leur sagesse personnelle en sont réduits à répéter la pensée des autres et à réciter le credo d’une idéologie rassurante ou à la mode, qui leur sera fatalement étrangère.
En revanche, ressentir et penser par soi-même, s’éveiller à qui l’on est vraiment, c’est devenir un être riche, puissant et créatif, qui développe sa propre vision, invente des solutions innovantes et apporte par-là sa pierre à la transformation du monde.

Mais si l’émotion est une chose tellement merveilleuse, comment expliquer les crimes, les viols et les tortures commis sous l’empire de la haine, le désespoir qui mène parfois au suicide, les multiples peurs qui empêchent d’agir et de se réaliser ?
Comment traiter ou aborder ces émotions inadéquates, injustifiées et irraisonnées ?

On a ainsi coutume d’opposer les émotions heureuses ou positives (la joie, l’amour, le plaisir, la satisfaction, l’émerveillement…) et les émotions douloureuses ou négatives (la haine, la peine, l’angoisse, la jalousie, la culpabilité…).
Tout le monde apprécie en effet la gaîté, l’enthousiasme ou l’affection, mais peu évidemment goûtent la tristesse, la colère ou la peur.
Depuis nos premières années, nous avons pour la plupart, pris l’habitude de nous efforcer d’être parfaits, c’est-à-dire de ressembler aux modèles et de nous conformer aux codes qui nous étaient présentés ; et pour cela, nous avons acquis le réflexe de nier et refouler toutes les émotions qui ne correspondaient pas à l’image que nous avions décidé d’avoir de nous-même.
Or, que se passe-t-il lorsque l’on refoule une émotion ?

Évincée ou écartée du champ de la conscience, l’émotion interdite ne meurt pas pour autant, mais devient simplement inconsciente ; c’est-à-dire qu’elle demeure agissante et continue à influencer les pensées que l’on émet et les actions que l’on entreprend, mais sans que l’on s’en rende compte.
Autrement dit, l’émotion que l’on refuse revient « par la porte de derrière », cherchant sans relâche le moyen de se faire entendre.
Prenons l’exemple de quelqu’un qui s’empêche d’exprimer sa colère, parce qu’il veut donner l’image d’un être constamment serein et souriant, et qui devient peu à peu rigide, acariâtre et dogmatique : son agressivité s’est simplement retournée contre lui-même et contre tous ceux qui ne pensent pas comme lui.
Autre exemple : une personne se sent triste mais ne veut pas le montrer et tient par la volonté en s’efforçant de faire bonne figure. Mais cette tristesse refoulée imprègne chacune de ses paroles et de ses attitudes ; et sa gaîté factice sonne faux, ne trompe personne et finit par exaspérer ceux qui l’entourent.
Beaucoup tentent, par le contrôle et la volonté, de discipliner leurs émotions et leur « mental ». Mais c’est une lutte épuisante, incessante et finalement sans issue, car on ne peut tuer une part de soi.

L’émotion est comme un fleuve qui se dirige vers la mer.
Si l’on bloque son débit il se forme des retenues où l’eau s’accumule. Quand la pression devient trop forte, le barrage cède et les flots se précipitent de façon dévastatrice. De manière analogue, l’émotion retenue finit toujours par se libérer et le fait de façon d’autant plus irrépressible qu’elle aura été longtemps réprimée.
Ainsi plus une émotion est refoulée, plus elle devient extrême et explosive.
Les meurtriers, serial killers et autres psychopathes sont le plus souvent des « monstres froids »: ils ont cadenassé et enfoui leurs émotions et sentiments ; mais lorsque ceux-ci resurgissent, ils sont irrésistibles et incontrôlables.
À l’inverse, les personnalités particulièrement évoluées et avancées, sages, maîtres et grands enseignants de l’humanité, sont des êtres ayant totalement accepté leurs émotions, pleinement ouvert leur cœur, en paix avec eux-mêmes et constamment reliés à leur être intérieur et leur sensibilité, où ils puisent leur inspiration et leurs enseignements.

L’émotion douloureuse n’est donc pas une calamité à proscrire et à fuir, mais plutôt l’expression d’un manque ou d’une souffrance à écouter, prendre en compte et guérir, une piste de connaissance de soi à explorer et dédramatiser.
Ainsi toutes nos émotions, positives ou négatives, heureuses ou malheureuses, constructives ou destructrices, sont finalement de multiples variations ou modalités de l’énergie fondamentale qui habite le cœur humain, c’est-à-dire l’amour ; et en particulier les émotions douloureuses ou inappropriées ne sont rien d’autre que de l’amour blessé.
C’est parce que, à tort ou à raison, l’enfant (que nous fûmes autrefois) s’est senti à certains moments rejeté, maltraité, trahi ou abandonné que son amour envers ses parents ou ses proches a pu se transformer peu à peu en peur, colère ou déception.
Et si les situations traumatisantes ou conflictuelles se répètent des années durant, ces émotions de souffrance vont s’ancrer dans son psychisme et donner lieu à des traits récurrents de personnalité, chez l’adulte qu’il va devenir.

Mais ce processus est réversible, c’est-à-dire qu’il peut s’inverser : de la même manière que l’amour blessé peut devenir peine, haine ou effroi, ces sentiments douloureux peuvent se transformer à leur tour et redevenir bien-être, sagesse et énergie de vie.
En effet, l’émotion est un phénomène naturel, un processus spontané de réharmonisation ou rééquilibrage du psychisme, qui conduit de lui-même à la sérénité et au bien-être, pourvu qu’ on le laisse agir,
Mais accepter son émotion ne signifie pas être dominé ou emporté par celle-ci, en se laissant aller à des actions ou des paroles violentes, excessives ou injustes que l’on regrettera souvent par la suite. Ces agissements inappropriés sont le contraire de la transmutation, car il n’y a ni conscience, ni transformation de l’émotion. Se défouler ne règle rien, aggrave les problèmes et les différends et ne libère pas davantage des émotions problématiques.
Au final refoulement et défoulement vont de pair : c’est parce qu’une émotion a été longtemps contenue et réprimée, qu’elle va se manifester soudainement avec une force incontrôlable et destructrice.

Il existe une troisième voie ou approche de l’émotion, qui va permettre sa dissolution ou sa transmutation : elle consiste à prendre conscience de l’émotion, l’accepter et la ressentir sans en être le jouet ni l’esclave.
Cela signifie revenir à soi et porter son attention non plus sur l’extérieur (la personne ou la situation qui a déclenché l’émotion) mais sur l’intérieur (ce qui se passe dans son propre corps). En prenant conscience de l’émotion et en la vivant corporellement, on cesse de la projeter sur autrui ou sur les évènements ; et comme on ne l’entretient plus, elle s’apaise et se transmute rapidement.
C’est cette surprenante métamorphose que l’on peut qualifier d’« alchimie émotionnelle ».

1 – l’alchimie émotionnelle

Comment transformer ou transmuter ses émotions douloureuses (peur, tristesse, colère…) en joie, bien-être, sagesse et savoir ? Comment mettre en œuvre cette étonnante alchimie intérieure ?

L’image emblématique de l’alchimiste perdu dans un capharnaüm d’alambics, de cornues, de fioles et d’athanors, s’avère bien trompeuse.
Car s’il a bien existé quelques « souffleurs » ou « cuiseurs de métaux », uniquement préoccupés de transformer le plomb en or, il existe aussi une tout autre alchimie, intérieure ou subtile, qui concerne l’être humain lui-même, ses capacités latentes et son possible devenir ; autrement dit, la véritable alchimie décrit de manière imagée le processus de transformation, d’accomplissement et d’éveil de l’humain, qui est son potentiel bien souvent méconnu.
Il convient donc de décrypter le sens réel des différentes expressions du vocabulaire, du bestiaire (comme la fameuse « langue des oiseaux ») et de la symbolique alchimiques.
Par exemple la transmutation des métaux dits vils, comme le plomb ou le fer, en or, métal dit pur, dépeint symboliquement la transformation possible de la tristesse (correspondant au plomb saturnien) ou de la colère (représentée par le fer associé à Mars), en joie, sérénité et conscience (symbolisées par l’or solaire).
Ce que fut précisément l’alchimie intérieure, psychique ou spirituelle pratiquée dans les siècles passés, nul ne le sait avec certitude et cette question fascinante et non-élucidée pourrait donner lieu à diverses recherches, hypothèses et interprétations.
Toujours est-il que la métaphore alchimique décrit très exactement ce qui se produit spontanément, lorsque l’on cesse de combattre une émotion douloureuse, que l’on en fait réellement l’expérience et qu’elle se mue étrangement en douceur et apaisement.

Voici quelques exemples de ce processus.
Un employé de bureau s’énerve à la cafétéria contre un distributeur de boissons, ne lui ayant pas fourni ce qu’il demandait et ne lui restituant pas sa pièce de monnaie. Au moment où il s’apprête à frapper le contrariant appareil, il se dit « si je le frappe, je vais encore me faire mal », ce qui lui est déjà arrivé la semaine précédente.
Au lieu de s’en prendre stupidement à une machine, il prend conscience de sa colère et prête attention à ce qui se passe en lui. Il éprouve à la fois un sentiment d’impuissance et une forte montée d’énergie due à la colère, sensation finalement plutôt agréable. Acceptant son émotion, il observe que sa respiration devient rapide et puissante, puis se ralentit et s’apaise progressivement. De nouveau calme, il s’enquiert d’un responsable pour récupérer sa pièce.

Une femme éprouvant une peur panique des araignées, découvre dans sa chambre d’hôtel cet insecte tant redouté. Plutôt que de se laisser aller à sa panique, elle revient à elle et à son ressenti. Elle s’allonge sur son lit, prend conscience de ses frissons et de sa respiration saccadée. Elle laisse son corps se détendre peu à peu et sa respiration s’harmoniser. Elle se sent soulagée, sa peur a disparu et elle peut capturer l’araignée avec une feuille de papier et la lancer par la fenêtre.

Un homme éprouve un accès de haine à l’égard de sa compagne, parce qu’il se sent méprisé, incompris et humilié par elle. Se rendant compte que sa réaction est excessive, il se met à l’écoute de ce qu’il ressent, au lieu de s’énerver contre elle. Il réalise que sa colère n’est pas nouvelle, qu’elle provient en réalité de sa relation avec sa mère qui le rejetait et le mésestimait.
Derrière sa colère, apparaît une immense tristesse et un sentiment d’injustice. Décidant de faire la paix avec son passé, il laisse ces émotions anciennes peu à peu s’apaiser. Sa tristesse et sa colère sont devenues compréhension et empathie. Il pardonne à sa mère, sent qu’il l’aime néanmoins, comme il aime aussi sa compagne.
Il comprend que pour se faire respecter par celle-ci, il lui faut changer d’attitude : être moins dépendant et infantile, exprimer davantage ce qu’il est vraiment, développer son autonomie et ses facultés d’initiative.

Comment expliquer la transmutation émotionnelle ? Qu’est-ce qui la déclenche, la facilite ou la contrarie ?
L’émotion douloureuse est une réaction-réflexe qui provient du passé, généralement de l’enfance, parce que c’est une période où nous étions particulièrement sensibles, dépendants et vulnérables.
L’illusion d’optique au sujet de l’émotion est de croire qu’elle est due à ce que l’on vit sur le moment, alors que la situation actuelle ne fait que réveiller ou réactiver une charge émotionnelle latente, liée à des évènements plus anciens.
Par exemple, on est exaspéré par un chef cassant et autoritaire. Mais cette colère existait en soi avant même qu’on le rencontre, parce qu’elle provient de relations difficiles dans l’enfance et l’adolescence avec un père qui avait le même comportement.

L’émotion douloureuse n’est donc qu’une éternelle répétition des mêmes comportements, une mauvaise habitude en somme, héritée du passé ; mais c’est aussi l’occasion de s’en libérer, une tentative spontanée de guérison du psychisme, de l’âme ou de l’inconscient.
Aussi longtemps que l’on pense que l’émotion que l’on éprouve provient de la situation présente, cette émotion ne pourra évidemment pas se transformer ou se transmuter, puisqu’elle dépend d’un élément extérieur à soi. Et si l’on se complaît dans des pensées émotionnelles pessimistes, défaitistes ou haineuses, elle ne fera que s’aggraver ou augmenter.

Mais si l’on prend conscience que cette émotion provient en réalité de la mémoire, qu’elle n’est qu’un réflexe conditionné venant du passé, alors on pourra saisir cette occasion pour s’en libérer en l’acceptant, la ressentant et la laissant s’apaiser naturellement.
On reconnaîtra que la transmutation émotionnelle s’opère au fait surprenant que, tout à coup, l’on se sent bien : l’instant d’avant, on souffrait de sa tristesse, de sa colère ou de sa peur et, à la seconde précise où l’on accepte enfin cette émotion, elle cesse d’être douloureuse et devient simplement un phénomène énergétique et corporel, agréable, bienfaisant et guérisseur.

Ce qui va déclencher la transmutation est donc un changement de regard ou d’attitude à l’égard de l’émotion, sa dédramatisation, la cessation du combat contre soi-même et l’acceptation sereine et confiante de ce qui est.
Lorsque l’on renonce à combattre, contrôler ou contenir l’émotion qui cherche à se manifester, se produisent un lâcher-prise corporel, une détente musculaire et un changement respiratoire, exactement comme un profond soupir de soulagement.
Dès que l’on s’autorise à respirer, on ne peut que ressentir l’émotion, qui va se transmuter peu à peu sur l’expiration. Il ne s’agit pas d’une technique particulière de respiration comme on en emploie en yoga ou en méditation, afin de se contrôler ou se discipliner, mais tout au contraire de ce qui se produit spontanément, lorsque l’on abandonne la volonté et le contrôle.
À l’issue de la transmutation, la respiration se ralentit et devient calme, lente, profonde et régulière, laissant apparaître une joie paisible sans motif particulier et une clarification de la pensée.

Il n’est pas nécessaire, pour transmuter une émotion, de retrouver son origine dans le passé, car elle est d’ores et déjà présente à cet instant.
Il arrive parfois que reviennent à la mémoire, en même temps que l’émotion, les évènements du passé qui l’ont fait naître, mais il se peut aussi que l’on ressente des émotions dont on ignore totalement l’origine. L’essentiel, afin de les transmuter, est simplement de les accepter, sans les dramatiser ou les entretenir.
Car le principal écueil à l’égard de l’émotion consiste à être emporté par elle, dominé par elle ou identifié à elle, croyant « dur comme fer » qu’elle est due à la situation présente, alors qu’elle n’est qu’un réflexe mécanique, réactivé par celle-ci. En prendre conscience et laisser être l’émotion va rendre possible sa transmutation.

Une émotion peut en cacher une autre : ainsi derrière la haine, on trouvera le plus souvent la peine ; et derrière la peine, apparaîtra le besoin d’amour, qui se transmutera lui-même en amour.
Il suffit donc de suivre la piste ou le fil de ce qui se présente spontanément en soi.
C’est pourquoi la transmutation émotionnelle n’est pas à proprement parler une technique, mais plutôt un processus naturel qui se produit de soi-même, lorsque l’on n’entrave ou ne bloque pas ses émotions, autrement dit la manière normale de vivre, que l’on a seulement oubliée ou perdue de vue, si l’on a appris à constamment se nier, se contrôler, s’obliger et s’interdire.

La transmutation émotionnelle donne accès à de nombreuses facultés, aptitudes ou ressources intérieures, qui se trouvaient masquées ou inhibées par la présence des émotions douloureuses : intuition, inspiration, sagesse, compassion, discernement, créativité, énergie vitale, optimisme…
En libérant, harmonisant et dépassant les scories émotionnelles, c’est par étapes, une véritable mutation intérieure qui s’opère, une transformation et réorganisation bénéfiques de la personnalité, la création d’un nouvel être qui n’est autre que soi-même.

Voici maintenant quelques indications pratiques pour transmuter ses émotions :

  •   lorsque l’on ressent une émotion douloureuse ou problématique (peur, tristesse, colère, exaltation, honte…), prendre quelques instants pour revenir à soi. La transmutation peut s’effectuer dans n’importe quelle position ou situation, mais l’idéal est une position où le corps peut se détendre comme la position allongée ou assis dans un fauteuil confortable.
  •   au lieu de réagir impulsivement à l’évènement qui semble être la cause de l’émotion, porter son attention sur son propre corps et laisser venir ce qui se produit spontanément en soi (tensions, crispations, mouvements, sons, respirations lentes ou rapides…).
  • observer son émotion, cesser de la nier ou de la combattre, l’accepter sereinement et s’autoriser à respirer ; dès que l’on accepte l’émotion, le rythme respiratoire change, devient plus ample et plus rapide, puis s’apaise comme un soupir de soulagement.
  • l’émotion se transmute alors progressivement en calme, bien-être, énergie et conscience. Parfois une seconde émotion apparaît après la première, et se transmute pareillement.
  • si l’émotion ne se transmute pas, c’est soit parce que l’on reste focalisé sur la situation ou la personne qui a occasionné l’émotion, et que l’on alimente celle-ci par des pensées inutilement dramatiques ou anxieuses (la solution est alors de laisser temporairement de côté ses soucis et ses problèmes, pour se concentrer sur son propre corps et le laisser se détendre et se relâcher), soit parce que l’on n’accepte pas son émotion et que l’on veut l’évacuer pour s’en débarrasser (la solution est alors de cesser le combat contre soi, de lâcher prise et de laisser être l’émotion. Car le paradoxe est que plus l’on rejette une émotion, plus l’on en est l’esclave, alors que l’on est libre de ce que l’on accepte).
  • le processus de transmutation est particulièrement indiqué dans les moments où l’on peut se détendre et se reposer (réveil, coucher, sieste…) et pendant les insomnies, car on s’éveille souvent au milieu de la nuit pour des raisons émotionnelles ; et c’est un bon moyen pour s’apaiser et se rendormir.
  • la transmutation des émotions deviendra peu à peu une habitude, conduisant à adopter naturellement un comportement paisible, détendu, sage et efficace. À mesure que les différentes charges émotionnelles seront dissoutes et transmutées, on pourra observer une augmentation corrélative du bien-être, de la vitalité et de la maturité.

ÉI2 : la sagesse amoureuse

Qu’attendons-nous d’autrui ?
Que recherchons-nous à travers nos relations, rencontres et échanges ?
Quel est le sentiment que nous désirons ardemment éprouver, tout au long de notre vie ?

L’amour est évidemment la réponse à toutes ces questions.
L’amour est ainsi le principe et la source de toute vie, sans quoi rien ne pourrait exister ni subsister.
L’amour est la force qui fait tourner les mondes, l’énergie qui maintient la cohésion des atomes comme des planètes.
L’amour est au cœur des mystères que nous sommes venus appréhender et expérimenter sur cette Terre.
Chacun ressent et pressent, même confusément, que l’amour vrai est la clé et la solution de tous nos maux, individuels et surtout collectifs, économiques, politiques et sociaux.

Mais l’amour véritable n’est pas acquis d’emblée : il est à rechercher, ressentir, découvrir.
Il n’est ni instinct de possession, ni dépendance fusionnelle, ni suivisme grégaire, car il émane de soi.
Il est le résultat de l’alchimie intérieure, le fruit de la reconnexion à l’être essentiel et à la puissance de vie.
L’amour est la joie d’être, le signe d’une conscience éveillée et lumineuse, un présent accordé, offert et partagé.
L’amour est ce que nous sommes éternellement, en dépit de nos souffrances, illusions et désillusions et parfois grâce à elles ; il est notre état naturel, notre aspiration à une vie riche, fascinante, magique, inattendue, utile et initiatique.

L’amour est partout, omniprésent et protéiforme ; il se pare de toutes les couleurs et de toutes les fréquences, et se manifeste de multiples manières : amour du compagnon ou de la compagne, des amis, des enfants, des animaux, de la nature, de la beauté, des œuvres de l’esprit…
Mais c’est la relation amoureuse qui se révèle son territoire de prédilection, car alors le sentiment se mêle au désir, à la sensualité et à l’attraction des corps, lieu de toutes les convoitises, de tous les délires et de toutes les extases.

Ce que l’on nomme amour est rarement digne de ce nom : l’amour qui blesse et qui déchire, qui conquiert et qui rompt, qui domine et qui soumet, qui idolâtre et qui méprise, n’est qu’une caricature égotique, une maladie infantile du cœur, un balbutiement du sentiment.
L’amour qui prend fin n’a jamais existé ; l’amour qui se meut en haine ou indifférence, n’était qu’illusion, transfert, projection, malentendu.
Les relations évoluent et donnent souvent lieu à séparation, éloignement, divergence. Mais comment peut-on rejeter, nier ou diaboliser l’être que l’on a tenu tendrement dans ses bras, si ce n’est précisément à cause de la douleur créée par son absence ?

L’amour véritable est patient, sincère, honnête et compréhensif ; il se nomme bienveillance, bonté, compassion, douceur, tendresse, sollicitude ou empathie.
De la nature de l’amitié, il dure la vie entière, car il n’est pas fondé sur l’image ou les apparences, mais sur les liens invisibles et mystérieux qui unissent les âmes et les cœurs.
Aussi le chemin de l’amour, que tous nous empruntons à notre manière, est-il un apprentissage, qui mène de l’égoïsme à l’altruisme, de l’aveuglement à la connaissance, de la consommation au partage, de la prédation au don.

L’amour est éternel car il est spirituel ; il est la joie libre du cœur qui s’est ouvert ; il ne sait que grandir, fleurir et embellir.
L’amour est si puissant qu’il se joue des barrières, frontières, critères, normes et interdits.
Car l’amour est libre et il souffle où il veut ; il ne peut être contraint, obligé ou mis en cage ; l’autre ne nous appartient pas et l’emprisonner, ce n’est pas l’aimer.
L’amour ne donne ni droits, ni devoirs ; il est une extraordinaire opportunité de vivre des moments merveilleux et magiques, une chance à ne surtout pas laisser passer.

Et si l’amour était sagesse, philosophie éminemment subtile, art et science oubliés, à retrouver, découvrir, réinventer ?
L’amour est un défi. Saurons-nous y répondre ?

ÉI1 : introduction

Sommes-nous ici pour souffrir ou pour jouir, nous taire ou nous exprimer, nous résigner ou nous réaliser ?
Notre existence possède-t-elle un but, un sens ou une finalité qui nous est propre ou bien n’est-elle, comme on nous le dit parfois, qu’une succession de hasards ?
Que sommes-nous venus faire sur Terre ?

Que répondre à ces questions essentielles, que tous, nous nous sommes un jour posées ?
Certains se contenteront des réponses toutes-faites provenant des dogmes de leur idéologie de référence ; d’autres choisiront… de ne pas se poser de question, vivant mécaniquement leur existence, comme si celle-ci était sans importance.
Mais il en est aussi qui se mettront à l’écoute d’eux-mêmes, de leur désir profond et de leur être intérieur ; ils chercheront à décrypter les lois subtiles qui régissent le monde et les évènements qui s’y produisent ; ils honoreront leurs rêves et leurs aspirations secrètes.
Ceux-là, en dépit des erreurs et des difficultés, apprendront progressivement à entendre la voix de leur intuition, à focaliser leur énergie et leur intention dans la direction adéquate, à danser avec le réel plutôt que le combattre et à faire advenir ce qu’ils ont de plus cher.

Emprunter le chemin de la liberté, honorer ses désirs, croire en soi-même et en ses rêves, faire de sa vie un plaisir et une aventure, telle est la démarche qui sera exposée ici, étape par étape, de manière à la fois théorique et pratique, dans un langage simple et accessible, que tous pourront comprendre.
Mais le désir est un terme ambigu : celui dont il est ici question et qui permettra de s’accomplir au mieux de ses potentiels, est le vrai désir, profond et essentiel, émanant de soi et non le désir superficiel et vain, suggéré par la publicité et le marketing et consistant à consommer toujours davantage, encore moins le désir insidieux et aliénant d’une substance toxique, ne générant que dépendance et auto-destruction.
Retrouver ses véritables désirs est ainsi une quête de soi, un processus d’exploration et de connaissance intérieures, particulièrement utile et bénéfique, puisqu’il permet de découvrir et accomplir ce pour quoi l’on est fait, ce pour quoi l’on est ici.

Mais pourquoi notre existence aurait-elle un objectif ou une finalité particulière, alors même que certains soutiennent que la vie n’a ni but ni sens, qu’elle ne signifie rien et ne sert à rien ?
La notion de but de vie est en effet absente des diverses idéologies qui nous servent généralement de référence : on ne la trouvera ni dans les articles de foi des grandes religions révélées, ni dans les doctrines des philosophies matérialistes, car elle provient en réalité de « l’expérience intérieure », c’est-à-dire des découvertes effectuées volontairement ou accidentellement, par les êtres ayant investigué les zones profondes et oubliées de la conscience.

La notion de but de vie apparaît notamment au cours de certaines N.D.E. (near death experiences ou en français : états de mort imminente) : il s’agit du témoignage de personnes gravement malades ou accidentées, ayant finalement repris connaissance (ces états ont été notamment décrits par le Dr Raymond Moody dans La vie après la vie).
Beaucoup parmi ces personnes retirent de cette expérience, le sentiment d’avoir une mission ou un but à accomplir pour le reste de leur vie, qu’elles avaient ignoré ou négligé jusqu’ici et auquel elles se consacrent dès lors, avec beaucoup d’énergie, d’enthousiasme et de détermination.

L’idée selon laquelle nous ne sommes pas ici sans raison, mais pour nous éveiller, nous transformer et nous accomplir, réaliser notre « légende personnelle » ou notre mission de vie, apparaît chez tous les peuples et dans toutes les civilisations.
Ainsi on trouve déjà l’idée de but de vie dans le chamanisme, la plus ancienne culture connue : chez les amérindiens, le jeune adolescent, au cours de son initiation, partait seul dans la nature durant trois jours et trois nuits, au terme desquels il devait découvrir son objectif de vie, ce qu’il lui revenait d’accomplir au cours de celle-ci.
On retrouvera cette conception exprimée de manière symbolique, dans maints quêtes initiatiques, contes, mythes et récits légendaires des cinq continents.

Et lorsque l’on se tourne vers soi, lorsque l’on se met à l’écoute de ses sentiments et désirs profonds, on réalise que l’on est, depuis toujours, porté, poussé et nourri par des rêves et des aspirations, qui se sont manifestés à différents moments de l’existence que l’on a menée et qui donnent à celle-ci tout son sens.
Se réaliser, retrouver et accomplir ses rêves, ce pour quoi l’on est fait, c’est donc redevenir soi ; c’est découvrir son identité véritable, se reconnaitre, s’apprécier et s’aimer ; c’est donner de la valeur à ses propres idées, envies et intuitions, se faire suffisamment confiance pour effectuer ses propres choix et suivre son inspiration.
C’est bien souvent quitter un statut de victime consentante ou de serviteur soumis, pour embrasser une carrière autrement plus exaltante d’inventeur et de créateur de sa propre histoire.

Ce respect de soi, cette harmonie ou écologie intérieure, mène spontanément au respect de l’autre et au respect du monde naturel.
Aussi l’être qui se réalise n’agit pas égoïstement : il ouvre la voie vers un monde différent, équitable, harmonieux et désirable. En accomplissant son rêve, il suscite autour de lui, par son seul comportement, le désir d’en faire autant.
Pour qui veut être utile et concourir au bien-être collectif, la marche à suivre apparaîtra dès lors de plus en plus clairement : s’accorder du temps pour soi, se mettre à l’écoute de ses désirs essentiels, s’ouvrir à l’inconnu et à l’imprévu, se donner le droit de faire ce que l’on aime et édifier peu à peu la vie que l’on espère et ses rêves les plus audacieux.
Et c’est ainsi que, pièce après pièce, pourra s’élaborer le puzzle d’un monde nouveau, somptueux, fascinant, inattendu, révolutionnaire, ludique et paradisiaque.

ÉI1: le pouvoir créateur

Chapitre 5 : le pouvoir créateur

Je crée ma réalité, tu crées ta réalité, nous créons notre réalité : voilà des phrases que l’on entend de plus en plus souvent.
Mais réalise-t-on véritablement ce que cela signifie ?
On peut aisément admettre que le comportement et l’attitude d’une personne entraînent des conséquences sur les évènements qui l’affecteront.  Mais l’affirmation selon laquelle chacun crée sa réalité, va beaucoup plus loin : elle implique que l’ensemble des évènements et situations vécus par quelqu’un, sont sa création, c’est-à-dire le résultat de ses pensées, attitudes, croyances et émotions.

C’est là une idée tout à fait révolutionnaire, qui change radicalement la manière dont on envisage habituellement l’existence.  En effet si nous sommes effectivement créateurs de notre propre réalité, nous sommes, du même coup, dotés d’un pouvoir ainsi que d’une responsabilité considérables.
En particulier, nous sommes alors amenés à quitter le rôle répétitif de victime, des autres, du sort, du gouvernement ou des circonstances, pour endosser le statut plus enviable et stimulant de créateur de notre propre vie, de notre malheur ou préférablement de notre accomplissement.
Si elle s’avère exacte, cette affirmation nous place face à un défi fascinant, celui de sortir de siècles, voire de millénaires d’impuissance, pour inventer et créer le monde dont nous rêvons.

L’idée de création de réalité soulève cependant un certain nombre de difficultés, d’objections et d’interrogations.
La première d’entre elles concerne les évènements collectifs : comment peut-on, à soi tout seul, créer une situation mettant en jeu une ou plusieurs autres personnes, que parfois l’on ne connaît même pas ?
La réponse est simple : quand un évènement touche plusieurs personnes, chacune d’elles le crée pour une raison qui lui est propre.
Par exemple, lors de la vente d’une maison, vendeur et acquéreur créent de concert leur rencontre, l’un pour vendre, l’autre pour acheter.
Lorsque deux personnes se disputent, les deux créent le conflit pour des raisons différentes, l’une par exemple pour s’affirmer et montrer qu’il existe, l’autre par peur de perdre sa position dominante.
Et si d’autres personnes sont témoins de l’altercation, chacune aura créé le fait d’y assister pour un motif personnel, afin de vivre une émotion ou pour en retirer un enseignement.
Dans une relation amicale ou amoureuse, l’harmonie ou la disharmonie requièrent ainsi l’accord implicite des personnes concernées. Si l’une d’elles n’est plus satisfaite par la relation, elle la fait évoluer ou y met un terme.
On peut ainsi parler de co-création de réalité, avec les partenaires impliqués dans une situation.

Mais la principale objection à l’idée de création de réalité concerne les évènements non désirés : comment pourrait   -on créer le fait d’avoir ce que l’on ne veut pas ou de ne pas avoir ce que l’on veut ?
Le comprendre implique de reconnaître en soi-même l’existence de motivations non conscientes (dues à des peurs, croyances et émotions inconscientes), qui contrarient ou empêchent la venue de ce que l’on souhaite consciemment.
Par exemple, une femme souhaite ardemment rencontrer un nouveau compagnon.  Mais chaque fois qu’une relation pourrait s’établir, elle ressent la peur d’être soumise et contrainte et de perdre sa liberté, comme elle l’a vécu antérieurement, ce qui l’amène à faire en sorte que la rencontre demeure sans suite.
Cette « création inconsciente de réalité » explique pour une large part, pourquoi bien souvent nous ne vivons pas une vie conforme à nos désirs ; et maîtriser le processus de création de réalité suppose de savoir se libérer de ses croyances et attitudes émotionnelles, comme on le verra dans l’exercice 10.

Une autre objection à la création de réalité concerne les évènements graves ou critiques, imprévisibles et bouleversant notre existence, qui ne proviennent ni d’une volonté consciente, ni de motivations émotionnelles : pourquoi créerait-on des drames, accidents, maladies graves,  la perte d’un être aimé etc.
Avec le recul, lorsque le temps aura passé, on dira souvent que ces évènements dramatiques nous ont fait grandir, qu’ils nous ont permis de devenir plus forts, sereins et autonomes, qu’ils nous ont conduits à développer des qualités jusque-là en sommeil.
On pourrait dire de ces évènements brusques et inattendus qu’ils nous ont « réveillés » et nous ont permis de développer une conception plus vaste et évoluée de la vie.  Tout se passe comme s’ils étaient le résultat d’une volonté intérieure échappant à nos raisonnements et fonctionnements habituels, nous poussant malgré nous à dépasser nos limites et à réaliser qui nous sommes vraiment.
Cette « création supra-consciente de réalité » provenant du supra-conscient, c’est-à-dire de notre aspect sage et éveillé, donne la clé de nombre de situations autrement inexplicables.
Ces évènements mis en place pour nous amener à évoluer, nous ouvrir et nous transformer peuvent aussi être heureux : il peut s’agir d’une rencontre enrichissante, de la découverte d’un nouveau pays, de la proposition d’un emploi intéressant etc.
Il existe donc trois types de création de réalité (consciente, inconsciente et supra-consciente) émanant respectivement du mental conscient, de l’inconscient émotionnel ou du supra-conscient spirituel, ce qui permet de comprendre la diversité des évènements qui nous affectent.
Ainsi envisagée, l’idée de création de réalité devient nettement plus crédible, logique  et envisageable.
Pour autant il ne s’agit pas d’en faire une nouvelle croyance arbitraire et superstitieuse, mais plutôt de découvrir un extraordinaire outil de connaissance et d’action sur sa propre vie.
Puisque nous créons déjà notre réalité depuis toujours, parfois de façon chaotique ou à mauvais escient, tout l’enjeu est maintenant d’apprendre à décrypter les lois et acquérir la maîtrise de notre pouvoir de créateur de monde !